04.09.2007

Imprimer les Bases fondamentales du syndicalisme étudiant

Imprimer les Bases fondamentales du syndicalisme étudiant (livre broché, 100 pages, 5,87 euros).

03.07.2007

Avant « l’autonomie », la même logique déjà à l’œuvre : à l’encontre d’une Université de service public

Texte de novembre 2002 :

Le système 3/5/8 (L/M/D)

 

La réforme a été initiée au niveau national par Jack Lang, à travers les décrets d’avril 2002. Son application est aujourd’hui prise en charge par Luc Ferry. Elle est d’autant plus dangereuse qu’elle ne s’applique pas en un seul bloc. En effet, chaque université peut l’appliquer à son rythme, ce qui contribue au manque d’information des étudiants et empêche une prise de conscience collective des attaques menées contre l’enseignement public.

Un des points principaux de la réforme est la mise en place du système 3/5/8 : seuls existeront les diplômes à bac + 3 (Licence), bac + 5 (Master) et bac +8 (Doctorat). Le nouveau diplôme de Master entraîne à terme la disparition des Maîtrises, des DEA et des DESS.

Une fois appliquée totalement, cette réforme aboutit aussi à la suppression des DEUG. C’est déjà le cas à l’université de Valenciennes, où les étudiants qui arrivent à la fac s’inscrivent en première année de Licence. Ainsi, un étudiant qui validerait ses deux premières années et quitterait la fac n’aurait acquis aucun diplôme universitaire, et ne resterait qu’au niveau bac.

L’acquisition du premier diplôme universitaire est repoussée, au mieux d’un an. Déjà, de nombreux étudiants se découragent et se trouvent en situation d’échec avant l’obtention du DEUG. De plus, avec les semestres, ce premier diplôme à bac + 3 ne pourra s’obtenir qu’après le passage de 6 barrières sélectives (6 sessions d’examen). La nouvelle réforme ne va qu’aggraver cet état de fait.

 

ECTS : le diplôme à points  

Le système ECTS (European Credit Transfer System) consiste à mettre en place des diplômes à points. Il faudra accumuler 180 points pour obtenir une Licence, 300 points pour un Master et 480 points pour un Doctorat. Ce système va à l’encontre des intérêts étudiants pour trois raisons :

            * d’une part, le nombre de points attribués par matière sera défini fac par fac, sans aucune garantie, ni au niveau national ni au niveau européen ;

            * d’autre part, les points ne seront pas attribués uniquement dans le cadre des enseignements : « Des stages, des mémoires, des projets et d’autres activités » (extrait de l’article 5 du Décret du 8 avril 2002 - 482 MENS0200157D) pourront donner également droit à l’attribution de points selon le bon vouloir de chaque université. Les enseignements sont de ce fait mis sur le même plan que des activités qui n’ont rien à voir avec une formation universitaire (soutien scolaire, etc...). Mais l’aspect le plus pernicieux se situe dans l’attribution de points aux élus étudiants, ce qui revient à acheter leur approbation de l’ensemble de la politique universitaire menée par l’État ;

            * enfin, par ce système de points, l’instauration de la pluridisciplinarité amène au regroupement des filières dites « non-rentables », donc à terme il y a un risque de disparition de ces filières en tant que telles. Au-delà, c’est la continuation du lycée à l’université : un DEUG avec un peu d’histoire, un peu de maths, un peu d’anglais, cela existe déjà, ça s’appelle le bac. De manière générale, la pluridisciplinarité empêche tout approfondissement des connaissances, et entraîne la création de diplômes locaux, sans reconnaissance nationale ou européenne (suivant en cela l’exemple des « licences professionnelles »).

 

L’« harmonisation européenne »

 
Les politiques qui s’appliquent actuellement en Europe sont définies par le processus de Bologne (1999). Ce processus désigne le cycle de rencontres des ministres de l’éducation au niveau européen. Dès 1998 (lors de la déclaration de la Sorbonne), apparaissent les premières mesures de l’ « harmonisation européenne » sous forme de remplacement des cursus existants par un cursus 3/5/8. L’ordre est donné aux universités de « relever les défis pour être plus lisibles, plus attrayantes, plus compétitives à l’échelle nationale, européenne et mondiale » (message de Salamanque, mars 2001).

La nécessité d’harmonisation européenne se révèle être le cheval de Troie idéal pour justifier la politique de privatisation de l’enseignement supérieur. De plus, sous couvert de cette « harmonisation européenne », de nombreux acquis et droits étudiants vont disparaître, d’autant plus que le modèle nord-américain reste le référent. Ces dérives sont clairement identifiables :

 

            * le nom de l’université entre dans l’intitulé du diplôme, sa valeur dépendra donc de l’établissement et non pas des enseignements suivis ;

            * les frais d’inscription sont de plus en plus exorbitants (plus l’établissement est prestigieux, plus les frais sont élevés), ce qui oblige les étudiants à s’endetter lourdement ;

            * la sélection pédagogique et financière est largement renforcée, ce qui est injuste et dangereux.

        

En Italie la réforme Zecchino, en Espagne la Loi d’Orientation Universitaire (LOU), se révèlent être les équivalents de la réforme LMD-ECTS par l’instauration du diplôme à points et du système 3/5/8. Ces réformes ont été à l’origine de fortes mobilisations étudiantes. Les étudiants grecs de l’université de Thessalonique se sont eux aussi mobilisés, contre la mise en place du 3/5/7 et la « rentabilisation » de leurs études. Toutes ces mobilisations étaient axées contre la casse du service public, la privatisation, et l’institutionnalisation des inégalités entre les étudiants et entre les universités.

La réforme LMD-ECTS n’est que l’application française d’une nouvelle politique européenne contre le service public de l’enseignement supérieur. C’est donc à notre tour de nous trouver confrontés à l’application de ces orientations, qui vont à l’encontre de la mobilité par la création et la multiplicité des diplômes régionaux, ou encore par le nombre très réduit des bourses disponibles (12.000 bourses trimestrielles en France)...

 

Le financement des universités

Depuis une trentaine d’années, on constate un désengagement financier de l’Etat vis-à-vis de l’Université, non pas que le budget de l’enseignement ne soit pas parfois en croissance, mais il ne tient aucun compte de l’augmentation des effectifs étudiants. En conséquence, les universités cherchent à combler le manque à gagner auprès de trois « partenaires » :

 

- Les étudiants :

En 1986, il fallait payer 100 F (sécu comprise) pour s’inscrire à l’Université. Aujourd’hui, c’est 20 fois plus (près de 2100 F). De plus, dans une déclaration du 19 avril 2001, la Conférence des Présidents d’Universités affirmait qu’elle n’était « pas hostile à une augmentation progressive modérée des frais d’inscription, modulée par année d’étude ». Elle allait même jusqu’à dire qu’il fallait « réfléchir à une responsabilisation des étudiants à travers un lien financier plus fort avec leurs établissements ». Quel sera le montant de nos prochains frais d’inscription (pôle d’excellence ou pas), alors que la tendance, partout en Europe, est à l’augmentation massive ?

 

- Les régions :

Les contrats quadriennaux en vigueur ont déjà introduit un financement des universités partagé entre l’Etat et les régions. Dans le cadre de la réforme Raffarin (régionalisation), le principe d’expérimentation permettrait de céder entièrement le « bloc de compétence » de l’enseignement aux régions. Celles-ci financeraient pleinement le secteur et détermineraient leur contenu en dehors de toute législation nationale (lois et règlements), garante d’un minimum d’égalité entre les étudiants.

Les disparités entre universités s’accroîtraient selon la formule : « A régions riches, fac riches et à régions pauvres, facs pauvres ».

Il ne s’agit pas d’une projection hypothétique : les régions Rhône-Alpes et Lorraine se sont déjà portées candidates pour cette expérimentation. En effet, la présidente du Conseil régional Rhône-Alpes demande le transfert complet du « bloc éducatif » (carte des formations, patrimoine, logement étudiant), afin de « promouvoir, dès la rentrée 2003, un véritable espace régional d’éducation et de formation tout au long de la vie ».

 

- Les entreprises :

Elles ne s’intéressent pas au savoir ni à sa diffusion, mais au profit. Donner de plus en plus de place aux entreprises dans le financement de l’université, c’est leur donner de plus en plus de pouvoir : les entreprises auront forcément tendance à ne financer que les filières qui leur servent à quelque chose, c’est-à-dire celles qui sont immédiatement rentables, et à délaisser celles qui développent l’esprit critique car elles sont inutiles aux yeux du secteur privé. L’Université ne cherchera plus à développer le sens critique des étudiants, mais à assurer leur disponibilité immédiate sur le marché du travail.
 

De plus, la pluridisciplinarité souhaitée par les entreprises entraîne la fin de l’acquisition et de l’approfondissement d’un savoir au profit d’un formatage directement dicté par les besoins des entreprises locales. Cette logique, déjà mise en place par la création des « licences professionnelles », est tellement axée sur les demandes des entreprises qu’elle rend beaucoup plus difficile l’obtention d’un emploi ailleurs que dans sa région d’origine. Ces diplômes seraient mis en place en fonction des besoins des entreprises. Combien de temps, du fait de la prise en compte de l’offre réelle de la part des employeurs, avant la mise en place du numerus clausus ?

 

La privatisation

Dès lors, les entreprises privées interviennent directement à la fois dans le contenu des enseignements et dans l’attribution des diplômes. Une logique de privatisation de l’éducation est notamment mise en œuvre par le décret du 9 août 2002 qui autorise le recrutement de chefs d’entreprise en tant que maîtres de conférence à l’université. Des patrons qui participent déjà aux conseils de l’université… On ne veut pas étudier dans une entreprise !

 
Ce choix a été programmé lors du sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce tenu au Qatar (2001) dans le cadre de l’Accord Générale sur le Commerce des Services. Il y a un véritable détournement de la fonction même des universités : leur but ne serait plus la création et la transmission du savoir, mais la formation d’une main-d’œuvre directement employable, taillée sur mesure pour les intérêts à court terme des employeurs. Cela engendrerait forcément le développement de diplômes précaires.

 

=> Retrait de la réforme LMD-ECTS !

=> Non à la privatisation des universités !

 

Tract national de la FSE, novembre 2002.

02.07.2007

Appel pour l'unité syndicale

Il n'y a pas eu de mouvement étudiant d'ampleur nationale depuis 8 ans.
On aurait pourtant tord de considérer le mouvement étudiant comme mort.

Au cours de l'année universitaire 2002-2003, de nombreux étudiants se sont très justement mobilisés, par des grèves contre la réforme LMD-ECTS (Toulouse, Bordeaux, Montpellier...), par des blocages de Conseils d'Administration pour empêcher l'application de cette même réforme, par la mobilisation sur les deux facs de sciences qui ont fermé à cause du manque de moyens (Orsay et Toulouse III), et même les "petites" facs se sont mobilisées, en fin d'année (Perpignan, Avignon, Brest, Marseille...). Moins centrées sur les campus, mais fortes et dans la durée, les mobilisations des MI/SE et leur organisation en collectifs sont également des faits marquants.

Le bilan en terme de satisfaction des revendications est pourtant bien maigre.

Pour nous, le constat est clair : il y a un manque cruel d'une structure étudiante de lutte présente sur suffisamment de campus.
Le syndicalisme étudiant souffre de multiples maux, comme le reniement de sa raison d'être par l'unef, le morcellement, et au final l'absence de structure véritablement nationale pour remplir un rôle de défense des intérêts étudiants. Rappelons-le une nouvelle fois : la division constitue une faiblesse.

Nous considérons que la création de la FSE en 2000, puis l'unification en juillet 2003, sont des étapes importantes de la reconstruction du syndicalisme étudiant.
Mais il reste la nécessité d'élargir l'unité, dans l'immédiat d'engager des discussions régulières entre les structures, des échanges d'informations, l'expression des divergences.
La base des discussions sur la structure pourraient être engagées, sans précipitation mais avec résolution, entre ceux qui partagent quelques principes de base :

- syndicalisme de lutte
- refus de la cogestion
- indépendance syndicale et financière
- structure démocratique, rotation des tâches
- défense permanente du principe : "argent public à l'école publique, argent privé à l'école privée"


Deuxièmement, et sans que le point précédent ne soit en aucun cas un préalable, il y a dans l'immédiat la nécessité d'un travail unitaire contre la réforme LMD-ECTS et le renforcement de l'autonomie des universités.
A ce titre, il serait utile de parler d'une même voix, avec l'objectif d'un matériel commun et d'une attitude concertée quand à la convocation d'Assemblées Générales sur tous les campus où, les uns et les autres, nous sommes présents.

Le seul moyen d'éviter le sectarisme, c'est d'instaurer un débat régulier entre nous tous.
Le seul moyen de remédier à la faiblesse des mobilisations, c'est de constituer un front uni contre la casse de nos droits.

- Abrogation de la réforme LMD-ECTS, retrait du projet de loi renforçant l'autonomie des universités !

 

FSE-Montpellier, 25 octobre 2003.