27.06.2007
BFSE - Théorie et fonctions du syndicalisme étudiant
"Bases fondamentales du syndicalisme étudiant", édition 5 bis (2003-2004) :
I : Théorie et fonctions du syndicalisme étudiant
« Il faut comprendre pour agir et, naturellement, agir pour comprendre »
(Eugène Varlin, secrétaire de la section française de la Ière internationale)
FONCTIONS ET BUTS
La fonction élémentaire du syndicat est d'unir pour la défense des revendications. Le syndicat organise les étudiants pour la défense de leurs intérêts matériels et moraux, quelles que soient leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses.
Mais avant cela, le but primordial du syndicat est d'unir. L'union des étudiants et le refus de la compétition entre eux est le premier pas qui mène à la conscience commune, sans laquelle il n'y a pas de lutte possible. C'est la première tâche du militant, c'est la raison pour laquelle nous avons choisi comme mot d'ordre la phrase « Une attaque contre un seul est une attaque contre tous » (qui est à la base le slogan des dockers de Liverpool, « An injury to one is an injury to all »). Lorsque l’administration refuse une dérogation à un seul étudiant qui remplit les critères, elle tient le moyen de la refuser à tous les étudiants. Dès l’instant où nous arrivons à faire comprendre aux étudiants qu’ils partagent une « communauté d’intérêts », on supprime la concurrence entre eux et ils peuvent s’unir pour la satisfaction de leurs intérêts.
Le syndicat, pourtant, ne doit pas seulement unir. En restant à ce stade, il se scléroserait et deviendrait une corporation. Il doit unir pour obtenir la satisfaction des revendications des étudiants : de meilleures conditions d'études, des diplômes de qualité, l’Université ouverte à tous… Les revendications ponctuelles et limitées n'ont de sens que dans le cadre de principes plus généraux. Par exemple, partant de l'idée selon laquelle chacun a le droit d'accéder au savoir dans sa totalité, gratuitement et sans que cela ne le lèse dans sa vie professionnelle ou personnelle, il faut en tirer toutes les conséquences.
Enfin, le syndicat unit tous les étudiants quelles que soient leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuse. La raison est simple à comprendre et parfaitement identifiée dans les textes de discussions préalables à la Charte d’Amiens de la CGT (1906) : « Quand un patron veut diminuer les salaires à ses ouvriers, il ne les diminue pas d’un sou à ses ouvriers réactionnaires, de deux sous aux républicains, de trois sous aux socialistes, de quatre sous aux anarchistes et de cinq sous aux croyants, de six sous aux athées, etc... Il les diminue d’une façon égale à tous ses ouvriers, quelles que soient leurs opinions politiques ou religieuses, et c’est cette égalité dans le mal qui les atteint qui leur fait un devoir de se solidariser sur un terrain où les différences politiques ou religieuses ne les empêcheront pas de se rencontrer. Ce terrain, c’est tout simplement le syndicalisme, puisqu’aussi bien le syndicalisme a pour objet de s’occuper de la question des salaires. Une fois réunis sur ce terrain de neutralité absolue, les ouvriers lutteront ensemble pour résister à une baisse des salaires ou pour en obtenir une hausse ; pour faire obtenir des règlements d’atelier ou des conditions de travail donnant plus de bien-être et plus de liberté ». Oui, mais quelle différence avec l’action politique ? Laissons répondre les ouvriers du textile de 1906 dans les discussions préalables à la Charte d’Amiens : « L’action politique, c’est celle qui est inspirée par les préoccupations morales des citoyens, qui voudraient établir entre les hommes des relations sociales conformes à leurs désirs (...) Cette forme d’action n’oppose pas nécessairement toujours les ouvriers et les patrons. Les groupements qui en découlent sont des groupements d’affinités, beaucoup plus que des groupements d’intérêt social immédiat. C’est ainsi que, sur ce terrain, il peut y avoir des patrons avec des ouvriers, des bourgeois avec des socialistes, des millionnaires avec des pauvres, des riches avec des anarchistes. Considérée, donc, de ce côté, l’action des ouvriers peut se morceler en autant de fractions qu’il y a de conceptions politiques, car si l’accord est facile entre eux sur la nécessité de se grouper tous contre le mal patronal qui les frappe présentement, il est beaucoup plus difficile sur la nécessité d’une transformation sociale ».
LA LEGITIMITE
Cette notion est centrale, et constitue actuellement une importante ligne de fracture entre les différentes organisations se réclamant du syndicalisme étudiant.
Pourquoi l'UNEF passe-t-elle tant de temps à faire des cartes (sans expliquer réellement l'aspect « syndical » de celles-ci) ? Cette organisation part du principe que le seul moyen de se poser en « organisation représentative », c'est d'intégrer le maximum d'étudiants. A ce titre, ce qui compte pour les dirigeants de cette organisation n'est pas que les adhérents militent, luttent ou participent, mais que par leur adhésion ils signifient : « oui, l'UNEF me représente ». Donc, comme il est plus facile de faire des cartes au nom de services rendus (photocopies, tickets de RU à l'unité, gala, réductions sur des boissons et confiseries...) qu’au nom du syndicalisme et de la notion de combat, on vend des « cartes-avantages » car « pour être défendu, il vaut mieux être syndiqué ». L'UNEF prétend donc négocier directement en son nom devant les instances gouvernementales. Il est évident que nous considérons qu'il s'agit d'une escroquerie, parce que les adhérents ne jouent qu'un rôle de faire-valoir et leur opinion ne peut être prise en compte.
Pour notre part, nous ne nous considérons comme légitime outil des étudiants que dans certaines circonstances. Nous savons que nous ne pourrons jamais représenter par les cartes ne serait-ce que la moitié des étudiants, nous refusons l'escroquerie du réseau d'élus (les élus le sont toujours avec moins de 10% de voix exprimées). En réalité, le seul moment où beaucoup d'étudiants s'expriment et mandatent sur des mots d'ordre précis des organisations, c'est au moment des Assemblées Générales étudiantes (AG) et des mouvements de contestation (en premier lieu les grèves). Nous ne considérons pas que notre engagement nous hausse au-dessus des autres : nous ne parlons pas à la place des étudiants. Nous ne sommes pas, comme le revendique pour elle l'UNEF, un « interlocuteur responsable » qui, parce qu'il a été élu, peut dire ce qu'il veut. Bien au contraire, ce qui fait que nos revendications reçoivent le soutien des étudiants c'est parce que ce sont justement celles des étudiants. Nous n'élaborons pas notre stratégie dans un laboratoire secret grâce à notre « intelligence hors du commun » et à notre « expérience extraordinaire » : au contraire, militer c'est écouter les revendications des étudiants, en faire parti, en ressentir les aspirations et les préoccupations. Nous ne sommes là que pour exprimer et défendre consciemment les aspirations des étudiants.
L'émancipation des étudiants doit être l’œuvre des étudiants eux-mêmes. En nous auto-proclamant « interlocuteurs responsables », nous ne ferions que substituer une bureaucratie à une autre. Il ne s'agit donc pas pour nous de proposer aux étudiants un « projet de société » élaboré par des esprits miraculeusement éclairés (conception inhérente aux appareils bureaucratiques et leur servant de justification idéologique). La lutte ne se commande pas d'en haut.
LE MONDE DU TRAVAIL ET L'INSERTION PROFESSIONNELLE
Il faut se méfier d'une idée qui, prise de différentes manières, peut vouloir dire deux choses parfaitement opposées : « l'Université n'est pas un lieu isolé sans rapport avec le monde ». C'est évidemment vrai, mais de ce constat, les gouvernements, et le patronat avec lui, ont toujours tiré la même analyse : il faut adapter l'enseignement au marché du travail. Ce serait pourtant une grave erreur.
C'est justement parce que l'Université a sa place dans la société et c'est justement parce que les étudiants seront souvent obligés de trouver un travail après que l'enseignement ne doit pas s'adapter au tissu économique. En créant des diplômes spécialement professionnels, on en limite la qualité (le diplôme est donc soumis à la dévaluation inévitable du progrès scientifique et des changements économiques) : l'INSEE montre que le chômage touche sensiblement moins les étudiants titulaires de diplômes généraux que de diplômes spécialisés (cf. données sociales et économiques, mars 1997).
L'Université est là pour accomplir une mission de service public fondamental. Aucun organisme privé ne pourrait, pour des strictes raisons de profits, la remplacer. Il s'agit pour elle de conserver, transmettre et accroître tous les savoirs humains. Chaque être humain a le droit inaliénable d'accéder au savoir, il faut donc qu'un organisme existe, c'est l'Université publique, laïque, générale et qui regroupe toutes les disciplines.
Dès l'instant où des intérêts privés participent à la gestion de l’Université, ils n'ont de cesse que de développer et d'adapter à leurs intérêts certaines filières rentables économiquement et de délaisser celles qui ne rapportent rien. Cette analyse est valable aussi pour ce qui concerne la recherche fondamentale et la recherche appliquée. La première explore tous les domaines, sans se soucier de ses possibles applications. La seconde explore un domaine ultra-spécialisé en tentant d'en trouver des applications : elle est donc plus immédiatement rentable que la première (donc plus appréciée des entreprises, au détriment de la recherche fondamentale).
L'UNIVERSITE, LE DIPLOME, LE TRAVAIL
Toute une série de questions, liées entre elles, reviennent sans arrêt sur le tapis dès qu’il est question de réforme universitaire ou de « projet de société autour de l’Ecole ». Ces questions sont toutes liées à la notion de diplôme et de travail.
Les fonctions de l’Université
Etre étudiant, ce n’est pas se battre pour son avenir professionnel (ou pas seulement). Etre étudiant, selon nous, c’est :
· acquérir des savoirs (voire en créer de nouveaux selon le niveau d’étude), ce qui est validé par un diplôme qui a une valeur sur le marché du travail, garantie par les conventions collectives.
· développer son esprit critique.
· être solidaire et défendre le fait que chacun puisse avoir accès aux études de son choix.
Pour résumer, ce n’est pas seulement se battre pour avoir un diplôme, mais se battre pour que chacun puisse avoir un diplôme de qualité. Le diplôme peut servir à monnayer au mieux ses capacités (sa force de travail) sur le marché du travail. Partant de ce principe, nous pourrions dire que l’Université sert à trouver un travail. Cela peut être vrai, mais les gouvernements se servent de ce postulat pour dire : « l’Université sert à trouver un métier, il faut par conséquent former les étudiants à la pratique de ce métier ». Cela, en revanche, est parfaitement erroné, et conduit à toutes les réformes que nous connaissons.
L’Université est « le service public garant de la transmission et de l’accroissement de tous les savoirs à tous les citoyens ». Elle n’est pas là pour former l’étudiant à la pratique d’une activité professionnelle, d’un métier. L’enseignement supérieur, par le retour permanent à la recherche, assure à l’étudiant un certain niveau de connaissance et une méthode d’apprentissage qui lui permettra ensuite, après qu’il eût été diplômé, de se former s’il le souhaite à une activité particulière dans le cadre d’un contrat de travail.
L’Université ne doit pas apprendre un métier
L’étudiant doit être formé à une pratique professionnelle dans le cadre d’un contrat de travail, parce que c’est l’employeur qui doit payer la formation qui va lui permettre de faire des bénéfices sur ce travail. Ce paiement de la formation professionnelle du salarié par l’employeur est garanti par le Code du Travail. C’est justement parce que les employeurs, et leur représentation nationale au premier plan (le MEDEF), veulent économiser ce que coûte la formation de leurs personnels, qu’ils tentent de faire porter cette charge à l’Université et aux étudiants eux-mêmes. Le rapport Attali (1998) proposait d’ailleurs la disparition pure et simple de la notion de validité permanente des diplômes en proposant « d’envoyer les salariés se former régulièrement dans les universités » (à leurs frais !). La propagande distillée par les médias et les institutions affirmant que le remède au problème du chômage tient dans une formation plus pointue des futurs salariés sert précisément à cela, laissant de côté le fait que le chômage est lié à la structure actuelle de la société et non à un manque de formation des salariés.
Le but des employeurs est simple : pouvoir embaucher des jeunes déjà spécialisés et formés en fonction de leurs besoins économiques immédiats, sans avoir à payer de formation. C’est le sens de l’ensemble des réformes du supérieur proposant « une meilleure adaptation aux besoins économiques locaux ». Mais nous savons, car les chiffres sont là pour le prouver, que les diplômes ultra-spécialisés sont aussi des diplômes à dévaluation rapide, la technique et les connaissances se transformant très rapidement. Le titulaire du diplôme ultra-spécialisé est alors remplacé par un nouveau diplômé plus au fait des derniers développements des techniques : c’est le salariat-kleenex. Le service public sert alors non plus aux besoins des citoyens, mais à ceux des employeurs. Un diplôme général, en revanche, permet à celui qui le détient de changer de voie, de s’adapter aux nécessités de son emploi et de continuer sa formation au sein de l’entreprise, aux frais de celle-ci. C’est la raison pour laquelle nous revendiquons : un vrai diplôme !
La notion de diplôme
Un diplôme, c’est en France la reconnaissance nationale garantie par l’Etat d’un certain niveau de connaissance. Ce niveau de connaissance, calculé en fonction du nombre d’heures étudiées, fait l’objet de négociations et de luttes âpres entre les syndicats ouvriers et les organisations d’employeurs au niveau des branches professionnelles (énergie, communication, métallurgie et mines…), c’est ce que l’on appelle des conventions collectives. Celles-ci garantissent la reconnaissance du diplôme dans toute la branche (on dit parfois le secteur) et par conséquent le niveau de salaire, le calcul des retraites et des congés, le calcul de l’avancement et de l’ancienneté, etc... Le diplôme, c’est la garantie collective des travailleurs. C’est aussi ce qui garantit un vrai salaire !
Le cadre national des diplômes
C’est justement parce que les diplômes font l’objet de négociations par branche à l’échelle du pays, qu’il faut que le diplôme soit reconnu nationalement par l’Etat. Celui-ci « habilite » les diplômes tous les 4 ans, en fixant le nombre d’heures, les disciplines qu’ils doivent aborder, etc... A la différence du lycée pourtant, il n’y a pas de « programme », c’est-à-dire de contenu rigide fixé. En effet, les enseignants sont (théoriquement) des enseignants-chercheurs, qui organisent le contenu de leur enseignement en fonction des progrès et des transformations de leurs recherches. C’est la raison pour laquelle un DEUG de philosophie obtenu à Paris sera plutôt axé sur la philosophie du droit tandis que le même diplôme sera plutôt axé à Montpellier sur la phénoménologie. Le cadre national des diplômes ne signifie pas que ceux-ci aient les mêmes contenus, il signifie qu’ils contiennent le même niveau de connaissances et donc qu’ils doivent être reconnus sur tout le territoire de la même manière, en fonction des conventions collectives.
Nous disions plus haut que les employeurs cherchaient à avoir des diplômés spécialement formés à leurs intérêts immédiats. C’est le sens de toutes les réformes qui prétendent mettre en place des « collèges universitaires régionaux, ou locaux, de premier cycle », à « adapter les formations au tissu socio-économique local », à « assurer un financement régional des universités », etc... Cela signifie tout simplement la fin de la reconnaissance nationale des diplômes. C’est d’ailleurs le cas dans beaucoup de pays du monde, où c’est la mention de l’établissement où l’on a obtenu le diplôme qui en fixe la valeur : Berkeley’s Language Master, Harvard’s High Degree… Selon les moyens financiers de l’étudiant, selon son origine sociale, ethnique ou géographique, celui-ci pourra ou non évoluer dans l’échelle sociale. C’est la raison pour laquelle la FSE lutte pour le cadre national des diplômes, seul garant de l’égalité de tous les citoyens devant le système. Ajoutons que sans cadre national des diplômes, c’est forcément la mise en concurrence des universités entre elles.
La multiplication des barrières sélectives
De la réforme Bayrou à la réforme LANG-ECTS (et même avant, dès la réforme Fouchet), on retrouve un même objectif : l’augmentation des barrières sélectives à l’université. Les semestres instaurés par Bayrou (en 1997) ont pour conséquence de couper l’année en deux, au détriment de la cohérence pédagogique. Il y a également la multiplication des examens, ce qui fait qu’on est de moins en moins à la fac pour acquérir des savoirs, mais uniquement pour passer des examens (qui ont eux-mêmes perdus leur intérêt : les dissertations de 4 heures remplacées par des QCM, par exemple, sont une conséquence du doublement du nombre d’examens à moyen constant). Enfin, une fois la réforme appliquée totalement, il faudrait avoir son semestre pour passer dans le semestre suivant. Cette semestrialisation intégrale est différée sur la plupart des campus.
Deuxième élément fondamental, le 3/5/8 : inspiré du système nord-américain, recommandé par le rapport Attali (1998), amorcé par Allègre (1998-1999), il a finalement été consacré par Lang (2001-2002). C’est ici que l’on rencontre un argument démagogique et fallacieux, concernant la suppression du DEUG. Les étudiants et enseignants se sont battus contre l’instauration du DEUG au cours des années 70. Certains nous ont dit : « mais vous devriez être contents, on supprime le DEUG tant décrié autrefois par les étudiants ». Certes, aujourd’hui on supprime le DEUG, mais la barrière sélective (qui avait été instaurée à bac + 2 lors de la création du DEUG) demeure ! Ajoutons que demeure également la barrière sélective à bac + 1, qui n’a aucune justification pédagogique (instaurée en 1992, dans le cadre de la réforme Jospin, appliquée par Lang). Tout barrière sélective sans sortie diplômante est dénuée d’intérêt, sauf pour décourager les étudiants et leur faire quitter la fac.
Différence entre diplôme et compétences
Comme nous venons de le voir, le diplôme a une valeur collective. Cette notion de « collectivité » permet à n’importe quel salarié, même s’il se retrouve seul devant son patron, d’être soutenu par l’ensemble des autres travailleurs et de leurs organisations et de se défendre en justice (prud’hommes). C’est cette valeur collective que les gouvernements et les employeurs tentent de supprimer depuis des années : en substituant des diplômes locaux à reconnaissance locale (Certificat d’Université (CU), Diplôme d’université (DU)…) aux diplômes nationaux à reconnaissance collective et en substituant la notion de compétences à celle de diplôme.
Tandis que le diplôme reconnaît les connaissances d’un étudiant nationalement, c’est le patron, individuellement, qui décide des compétences d’un salarié. Ce dernier se trouve donc tout seul, privé de la force de frappe de ses organisations, pour vendre sa force de travail. C’est la destruction des conventions collectives et de tous les acquis. C’est aussi ce qui permet la déqualification : le titulaire d’une maîtrise qui livre des pizzas et le doctorant qui fait la plonge dans un restaurant.
Un vrai diplôme pour un vrai travail et un vrai salaire ! C’est un des mots d’ordre de la FSE qui, comme on vient de le voir dans la notion de « conventions collectives », c’est-à-dire d’union des travailleurs pour vendre le plus chèrement leur force de travail face aux employeurs qui veulent l’acheter le moins cher possible, est directement reliée à un autre mot d’ordre de notre syndicat, « Une attaque contre un seul est une attaque contre tous ».
DE LA NECESSITE DES SYNDICATS
Pour lutter et gagner sur des revendications, il est indispensable de s'organiser. Sans organisation, même embryonnaire, il ne saurait y avoir de véritables luttes, ou plutôt, les luttes ne resteraient que des feux de pailles. En période de lutte, les étudiants ont recours à leurs syndicats pour les aider dans leur action, même s’ils les désertent partiellement en période calme.
Le syndicat, parce qu'il est présent tout au cours de l'année comme structure permanente et ouverte, qu'il connaît la réglementation et la loi, qu'il connaît les méthodes d'action et leurs résultats, est un outil primordial pour mener à bien des luttes. Le syndicat, parce qu’il permet de réunir collectivement les étudiants, permet d’obtenir collectivement des avancées et de garantir collectivement des droits.
Les syndicats sont les organismes de défense des travailleurs, élémentaires mais fondamentaux. Ils sont le moyen du combat quotidien contre la remise en cause des droits, et le lieu où les travailleurs s'organisent. Ils ont été construits au cours de toute une histoire faite d'affrontements avec le patronat et l'Etat. Les syndicats sont une conquête historique centrale qui peuvent résister au patronat et à l'Etat, les affronter, les faire reculer et parfois les vaincre. L'idéologie dominante met en avant certain traits réactionnaires des appareils syndicaux (la bureaucratie) pour mieux tourner le dos aux syndicats, sans comprendre que les organisations syndicales réelles sont le produit du mouvement ouvrier, que leurs racines plongent dans toute l'histoire de ce mouvement.
COMBAT SYNDICAL ET COMBAT POLITIQUE
Par définition, l’économie a toujours été jusqu’ici « politique » : n’importe quel acte productif implique un certain système de rapports sociaux et a un effet politique de conservation, de renforcement ou de bouleversement des rapports sociaux établis.
Il faut pourtant s’entendre sur le terme de « politique ». S’il signifie agir dans le cadre de la société pour en transformer une partie (amélioration des conditions de vie, de travail, d’études, libertés démocratiques…), alors le combat syndical est un combat politique. S’il signifie œuvrer pour la prise du pouvoir, agir de manière « partisane » pour un parti politique déterminé, alors syndicalisme et politique sont différents. La FSE est un syndicat qui n’a d’action « politique » que dans le premier sens du terme.
L’idéologie dominante a suscité un « apolitisme » général de la population, qui s’est retourné contre l’engagement syndical, identifié à tort comme politique (au deuxième sens du terme). Il est évident que les syndicats abordent, selon des axes spécifiques, les problèmes politiques. Il y a forcément un caractère politique dans les luttes revendicatives.
Marx, dans un entretien de 1869, répond à une question qui lui est posée, « les syndicats doivent-ils dépendre d'un parti politique ? » ; sa réponse est nette : « Les syndicats ne doivent jamais être associés à un groupement politique, ni dépendre de lui, autrement ils ne rempliraient pas leur tâche et recevraient un coup mortel ». Nous abondons dans ce sens. Parce que nous sommes un syndicat, que nous abordons les problèmes socio-économiques, nous faisons un acte politique. Mais nous ne sommes pas une organisation politique, en ce sens que nous ne proposons ni un schéma de société ni une vision globale du monde. Nous luttons pour satisfaire les revendications étudiantes au nom des principes de solidarité, de démocratie, d’égalité et de liberté.
Un syndicat, s'il veut remplir son rôle auprès des étudiants, se concentre sur les droits et les revendications, ce qui le mène inévitablement à un autre schéma de société (on se rend bien compte que les droits fondamentaux et les besoins élémentaires (travail, logement, éducation, santé) sont en soi antagonistes avec les intérêts des classes dominantes). Mais étant donné les éléments que nous soulignions plus haut (cf. discussions préalable à la Charte d’Amiens), son rôle s’arrête là où commence l’action politique.
Citons un extrait des discussions préalables à la Charte d'Amiens, qui décrit la distinction entre le syndicat et le parti : « Considérant que tous les partis politiques (…) ne sont avant tout que des groupements d'opinions ayant un but primordial, celui de faire élire des membres au Parlement ; Que, dans ces groupes d'affinités, la lutte des classe, base fondamentale du syndicalisme s'y trouve anéantie par le fait que, patrons millionnaires et prolétaires affamés s'y rencontrent forcément d'accord, parce que, combattant au même plan un programme commun ; Tandis que le syndicat, groupement exclusivement d'intérêts, ne réunit que les éléments d'une même classe en vue d'une transformation économique, primant toute opinion philosophique, et qui supprimera la classe exploitrice et dirigeante; Attendu qu'il découle clairement de ces constatations qu'il existe un antagonisme profond qui s'oppose à toute relation, à toute entente réciproque entre le syndicat ouvrier et le parti politique; Le Congrès, vu les articles fondamentaux de la Confédération Générale du Travail et la neutralité politique que doit conserver tout syndicat confédéré, se prononce catégoriquement contre tout rapprochement ou rapports, quels qu'ils soient, entre la CGT et un parti politique quelconque ».
CORPORATISME, SYNDICALISME DE NEGOCIATION ET SYNDICALISME DE LUTTE
Certains syndicats ont changé, ou au moins leurs directions. Certains ont perdu leur image traditionnelle de regroupement des exploités pour devenir des sortes « d’entreprises de services » (informations, défense juridique, mutuelles…). D'autres évoluent vers des revendications qualitatives (participation à la gestion, société plus solidaire). Le succès de ces syndicats repose sur leur efficacité – il est tellement simple d’obtenir des résultats lorsque la seule question qui est posée réside dans une photocopieuse ou dans un code de loi –, leur crédibilité est donc proportionnelle aux avantages obtenus. Ceci est particulièrement net dans les pays où la négociation collective constitue l’essentiel de l’activité (Etats-Unis, Japon, Allemagne…).
Parce qu’il ne faut pas seulement soigner les effets, mais lutter contre les causes, il faut se battre contre toute les formes de corporatisme et de syndicalisme de service. En développant l’idée d’un syndicat réduit à de simples services (photocopies, ventes de tickets de RU, etc...) où tout est bon pour réunir les étudiants, on place rapidement un signe égal entre une soirée dansante de 1.000 personnes et une AG de mobilisation du même nombre. Et il est bien plus simple de rassembler 1.000 personnes pour une soirée que pour une AG... on en viendra donc rapidement à ne plus organiser que les soirées.
Une autre idée, commune, pratique pour le patronat, consiste à dire que tout peut être résolu par la négociation. C'est l'idée énoncée par J-P. Delas, dans son ouvrage universitaire intitulé Le Mouvement Ouvrier (CIRCA, Nathan, p. 165) : « Partout, sauf en France où patronat et syndicats sont réticents, l'activité syndicale est rythmée par la négociation des accords qui régissent le contrat salarial. Les gouvernants y voient un instrument de paix sociale et tentent de les renforcer. Par ailleurs, la législation du travail atténue la rigueur des affrontements en limitant le pouvoir de l'employeur. L'Etat s'interpose en énonçant les droits et les devoirs de chacun, il devient l'objet de pressions exercées par les deux parties qui veulent des règlements plus protecteurs ou au contraire plus légers ». On se rend bien compte combien cette vision idyllique est parfaitement erronée. Le gouvernement atténue en effet la rigueur des affrontements non en jouant l'arbitre impartial entre les deux parties mais en légitimant totalement les décisions patronales et en s'associant les directions syndicales. La suppression de l'autorisation administrative de licenciement, la désindexation du SMIC, les assouplissements progressifs du Code du Travail (mot sympathique qui veut dire démantèlement), etc… montrent réellement ce rapport de force.
Il s'agit, pour l'Etat, de faire croire que les décisions prises témoignent parfaitement de l'expression démocratiquement exercée des travailleurs et des étudiants : ce sont les « Etats généraux de l'Université », les groupes de réflexion, les « interlocuteurs responsables »… de soi-disant représentants qui ne représentent qu'eux-mêmes. L'UNEF, par exemple, fer de lance de la négociation, « 1ère organisation représentative étudiante », compte 7.000 membres… Sept mille étudiants sur plus de deux millions ! Et encore, combien pensent comme leur direction ?
Il y a un aspect commun dans le développement, ou, plus exactement, dans la dégénérescence, des directions des organisations syndicales dans le monde entier : c'est leur rapprochement et leur intégration au pouvoir d'Etat, qui cherche à les intégrer pour les faire taire. Comme nous le montre l'histoire du mouvement ouvrier, les conquêtes ne l'ont jamais été autour d'une table, mais dans la rue et par la mobilisation, par la lutte des travailleurs et de leurs organisations. C'est la raison pour laquelle nous sommes résolument opposés au syndicalisme de conciliation permanente et au syndicalisme étatisé ; au contraire, nous défendons le syndicalisme de lutte.
Certains syndicats, tels la CFDT ou l’UNEF, dégénèrent ainsi en néo-corporations. Dans un système néo-corporatiste, les dirigeants s’intègrent au processus de décision étatique, sans consultation de leur base, pour négocier et orienter légèrement les décisions. Chacun y voit son intérêt : les dirigeants gagnent (ou croient gagner…) de l’importance et du prestige, et l’Etat n’a même plus besoin d’étouffer la contestation, les directions des « syndicats » s’en chargeant à sa place. Seuls les salariés, étudiants, etc… sont lésés, dépossédés de leur pouvoir de décision. Il est évident que nous combattons ce pseudo-mode de représentation. Au contraire, le syndicalisme de lutte refuse le néo-corporatisme, le « syndicalisme » de négociation, de proposition ou de cogestion, et favorise la mobilisation des étudiants eux-même.
Un syndicat de lutte est un outil d’expression et d’action pour les étudiants. Notre rôle est de défendre les revendications qui sont celles des étudiants, sans concession, en étant radicaux et pragmatiques. Nous revendiquons ce qui est légitime, pas ce qui est « raisonnable ». Nous n’avons pas, par exemple, à expliquer comment financer la construction de nouvelles cités U : il y a besoin de nouvelles cités U, nous nous battons pour que l’Etat en construise parce que c’est son devoir, point.
COURAGE ET RESOLUTION
Contrairement à ce que suggèrent les conditions sociales actuelles, l’activité syndicale n’est pas un éternel recommencement, l’acquis d’hier se défaisant au cours de la nuit et tout étant à chaque fois à recommencer. Nous combattons cette conception du syndicalisme. Ce n’est que quand les syndicats limitent leurs actions et revendications, quand ils ne combattent plus les causes mais seulement les effets, que l’on peut tomber dans cette définition.
Néanmoins, il arrive qu’une conquête acquise, même si elle n’est pas remise en question purement et simplement, ne constitue même plus un minimum supportable au bout de quelques années. Marx en donne un exemple flagrant : « Pendant trente ans, les concessions que la classe ouvrière arracha, restèrent purement nominales. De 1802 à 1833, le Parlement émit trois lois sur le travail, mais il eut bien soin de ne pas voter un centime pour les faire exécuter ». Il poursuit en disant que les ouvriers anglais n’avaient cependant pas lutté en vain, puisque la journée de travail normale passait de 16 heures à 12 (loi de 1833) et à 10 (loi de 1847). Et de remarquer aussitôt que le développement technique de l’industrie rendait bientôt cette nouvelle journée de travail intolérable, car, dans l’intervalle, le machinisme avait été introduit à grande échelle et intensifié le rythme de travail au point d’extorquer davantage en dix heures qu’en seize. Les ouvriers anglais furent donc contraints, simplement pour défendre leur intégrité physique, à revendiquer la journée de huit heures.
Les institutions affirment que le travailleur doit être seul face à l’employeur, et que les contrats salariaux se « négocient librement ». L’étudiant doit-il se défendre seul lorsqu’on vient de lui refuser une dérogation à laquelle il a droit ? On aura beau proclamer qu’il n’y a plus de lutte des classes mais seulement des « partenaires sociaux », qu’il n’y a plus d’exploitation mais seulement « un libre échange », bref qu’il n’y a plus de pauvres ni de riches mais des « classes défavorisées » et des « classes aisées », il n’en restera pas moins que c’est de l’action collective que viennent les réelles avancées.
PETITE CHRONOLOGIE DES LUTTES ETUDIANTES DEPUIS 1945
1945 : décret instaurant la participation des étudiants élus aux conseils d’Université (4 % des élus). En effet, beaucoup d'étudiants avaient participé à la résistance, et conservaient encore des armes et la volonté de s'en servir.
1947 : projet d’augmentation des droits d’inscription et de réduction des bourses. Grève nationale pour les bourses et contre les droits d’inscription.
1948 : sécurité sociale étudiante.
1951 : projet d’allocation d’études soumis au Parlement. Mobilisation pour la défense des crédits de la sécurité sociale étudiante.
1953 : mise en route du plan Le Gorgeu (constructions universitaires). Mobilisation pour réclamer des aides étudiantes plus importantes.
1954 : grève contre les crédits budgétaires insuffisants.
1956 : grève nationale du « déjeuner » contre l’insuffisance de participation de l’Etat dans la prise en charge des repas.
1957 : grève nationale et manifestation à Paris pour réclamer l’allocation d’études.
1958 : mobilisation pour des locaux et les bourses.
1958-1961 : manifestations et affrontements pour s’opposer à la guerre d’Algérie.
1961 : mesures gouvernementales contre l’UNEF (suppression de la subvention).
mars 1961 : grève nationale et manifestation pour obtenir les sursis étudiants au service militaire.
1962 : réforme des facultés de médecine, droit, pharmacie et sciences (spécialisation des études).
1963 : réforme Fouchet visant à distinguer un cursus long d’un cursus court (mesures sélectives draconiennes). Grève contre le plan Fouchet. Grève des loyers des Cités-U.
1964 : refus du gouvernement de supprimer la réforme Fouchet. Le gouvernement supprime 4 siège à l’UNEF au conseil des Oeuvres universitaires.
1965 : restauration de la subvention de l’UNEF. Grèves et manifestations pour l’allocation d’études.
juin 1966 : fausse annonce du retrait des mesures sélectives du plan Fouchet.
novembre 1966 : application de la première tranche du plan Fouchet (mise en place du premier cycle et création des IUT).
1965-1968 : mouvement national des étudiants dans les Cités-U et contre la guerre du Viêt-nam. Grèves contre le plan Fouchet.
octobre 1967 : mise en place du deuxième cycle prévu par le plan Fouchet. Grande manifestation contre le plan Fouchet.
1968 : plan Edgar Faure (autonomie universitaire renforcée, début du désengagement de l’Etat).
1968 : Grève générale nationale contre la répression le 6 mai.
1973 : loi Debré (suppression et réduction des sursis militaires) : instauration des DEUG. Mobilisation contre la loi Debré, contre la sélection entre 1° et 2° année du DEUG
1975 : création des MST puis des MSG et MIAGE (deuxième cycle sélectif).
1976 : plan Saunier-Seité introduisant une réforme générale du deuxième cycle avec la licence et la maîtrise. Grande grève contre le plan Saunier-Seité. Le gouvernement reçoit les syndicats mais refuse de recevoir la coordination nationale.
1979 : réforme Veil sur les études médicales. Manifestations des étudiants en médecine contre la loi Veil.
1980 : « carte universitaire » visant à organiser la répartition des moyens entre universités et à limiter la création des filières. Manifestations contre la carte universitaire. Manifestations pour la défense des étudiants étrangers.
1983 : réforme Savary proposant une sélection entre les cycles (article retiré et transformé). Réforme des premiers cycles et premières expériences de contractualisation Etat/Université. Manifestations et grève contre la loi Savary.
1986 : projet Devaquet (retiré) instaurant la sélection entre les bacheliers, la hausse des droits d’inscription et une plus grande autonomie des universités. Manifestations et grève générale contre le projet Devaquet (départ : Paris XIII-Villetaneuse et Amiens). Un manifestant (Malik Oussekine) est tué au cours de la répression d'une manifestation.
nov-dec 1987 : grèves contre les conditions budgétaires de rentrée.
1989 : loi d’orientation Jospin. Distribution des crédits et des moyens aux organisations élues au CNESER en fonction des résultats électoraux.
1990 : plan « université 2000 » de Jospin.
1991 : mobilisation monstre contre la réforme Jospin. Abrogation de la réforme Jospin.
1992 : réforme des premiers cycles, le ministre Lang fait passer la réforme Jospin sous la forme d'un décret.
1994 : « Contrat d’insertion professionnelle » (CIP, dit « smic jeune ») donnant possibilité de rémunérer les jeunes diplômés sous le SMIC (plan Giraud). Mobilisations et grèves contre le CIP. Abrogation du CIP.
1995 : rapport Laurent et circulaire Bardet. Manifestations et grèves contre le rapport Laurent et la circulaire Bardet. Grève générale de novembre/décembre 1995 contre le plan Juppé sur la Sécurité sociale.
1996 : Etats Généraux de l’Université. Rapport Faurroux. Réforme Bayrou de l’Université conservée par le ministre socialiste Allègre.
1997 : l’arrêté Bayrou paraît au journal officiel.
octobre 1998 : mouvement national des lycéens pour de meilleures conditions d’études (départ : Nîmes).
nov-déc 1998 : plus d’une dizaine d’universités se mettent en grève contre le plan U3M et la réforme Allègre de l’enseignement supérieur (départ : Montpellier et Toulouse). L’université de Caen reprend la revendication de l’abrogation de la réforme Bayrou.
1999 : mouvement national des lycéens pour de meilleures conditions d’études.
mars 2001 : grèves et mouvements pour plus de moyens et contre la logique de privatisation (départ : Montpellier et Metz).
octobre-décembre 2002 : AG et mobilisations contre la réforme LMD-ECTS. Près d’une dizaine de CA sont bloqués par les étudiants, grèves dans 4 universités (départ : Toulouse).
printemps 2003 : participation au mouvement de défense des retraites et contre la décentralisation.
novembre-décembre 2003 : grèves contre la réforme LMD-ECTS, plus de 10 facs en grève et une trentaine « mobilisées ». Jusqu’à 30.000 étudiants dans la rue, le 27 novembre 2003 (départ : Rennes).19:50 Publié dans Bases fondamentales du syndicalisme étudiant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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