27.06.2007

BFSE - Préambule

Bases fondamentales du syndicalisme étudiant

 

"Bases fondamentales du syndicalisme étudiant", édition 5 bis (2003-2004) 

 

Préambule.

I : Théorie et fonctions du syndicalisme étudiant.

II : Pratiques militantes dans le syndicalisme étudiant.

III : La laïcité et la défense du service public.

IV : Brève histoire des étudiants et de l’Université.

V : Brève histoire du mouvement étudiant.

VI : Brève histoire du mutualisme étudiant.

VII : Brève histoire du mouvement ouvrier et du syndicalisme salarié.

VIII : Les réformes universitaires depuis 30 ans.

Annexe : Bibliographie et références.

 

 

___________________

 

 

Le syndicat étudiant de lutte, qui est un outil d’expression et d’action au service des étudiants et de leurs luttes, doit se battre avec les étudiants, et pas malgré eux comme le fait le « syndicalisme » d’accompagnement. Cela passe par des principes simples :

-         La démocratie à l’Université s’exprime par les Assemblées Générales.

-         Les mouvements étudiants doivent être dirigés par les étudiants eux-mêmes.

-         Tous les militants d’un syndicat de lutte sont pleinement étudiants, et ne sont pas des « permanents » ou des « syndicalistes professionnels ».

-   Le syndicat de lutte regroupe tous les étudiants, quelles que soient leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses.

-         Nous oeuvrons pour l’ensemble des étudiants.

 

 

 

 

Préambule

 

« Nous devons contribuer à la formation d’un mouvement national et unitaire, car l’offensive menée contre l’enseignement supérieur ne peut être repoussée que par un mouvement national d’ampleur »

(extrait de la charte de la première FSE, 2000-2003)

 

Cette brochure ne constitue pas un savoir figé, qui contiendrait des considérations dogmatiques et immuables. C’est au contraire une base de réflexion, devant être lue avec un regard constamment critique. C’est en confrontant nos positions théoriques avec notre vécu militant au quotidien que notre action sera la plus en phase avec les intérêts des étudiants, donc qu’elle sera la plus efficace.

 

En apportant des bases théoriques, cette brochure doit contribuer à permettre à chaque militant de la FSE de s'exprimer et de défendre ses idées en connaissance de cause. Elle n’est qu’un premier élément de la réflexion personnelle de chacun.

 

Cette brochure contient trois types d’éléments. D’abord les repères historiques, qui permettent de comprendre les tenants et aboutissants de la situation actuelle, et qui apportent une mise en perspective à notre engagement quotidien. Ensuite des bases de réflexion, qui aident chacun à se forger sa propre opinion. Enfin la transmission d'expériences militantes, car ceux qui ont milité avant nous ont souvent vécu des grèves et de nombreuses expériences de terrain, riches d’enseignements qu’il serait regrettable de perdre.

 

            Le syndicalisme étudiant, s'il a commencé à exister partiellement vers le début du XXe siècle, s'est constitué en tant que tel dans les années 50. L'UNEF a été fondée en 1907, mais elle n'est devenue un syndicat au sens propre du terme qu'après la scission de 1958. Encore faut-il précisé que depuis lors, l’UNEF a été un perpétuel enjeu de pouvoir entre différents courants politiques, provoquant entre autres sa scission en 1971 (PC contre le reste de la gauche), ainsi que sa réunification en 2001 (dans le cadre de la gauche plurielle). Nous participons donc à un mouvement qui a une histoire très jeune. On pourrait même ajouter que l’existence d’un syndicat national réellement indépendant politiquement n’a pu être envisagé concrètement que depuis les grèves de novembre-décembre 1995 (qui ont prouvé la faillite des UNEF). Notre histoire a donc quarante ans, ou un siècle tout au plus, et les prémisses de notre projet actuel datent d’il y a tout juste sept ans.

 

Etant donné la situation actuelle, chacun d’entre nous doit donc avoir la conscience et la volonté de s’inscrire dans une dynamique de reconstruction du syndicalisme étudiant, en plus de la volonté de défense des étudiants et de leurs intérêts. De même que nous ne pourrons convaincre que si nous sommes convaincus, nous ne pourrons unir les étudiants que si nous sommes nous-mêmes unis. Les victoires et les avancées étudiantes ne s’obtiennent que si les étudiants se mobilisent, et pour cela, il faut que les étudiants aient confiance en eux-même et en leur capacité collective de réflexion et d'action.

BFSE - Théorie et fonctions du syndicalisme étudiant

 "Bases fondamentales du syndicalisme étudiant", édition 5 bis (2003-2004) :

 

I : Théorie et fonctions du syndicalisme étudiant

« Il faut comprendre pour agir et, naturellement, agir pour comprendre »

(Eugène Varlin, secrétaire de la section française de la Ière internationale)

 

FONCTIONS ET BUTS


La fonction élémentaire du syndicat est d'unir pour la défense des revendications. Le syndicat organise les étudiants pour la défense de leurs intérêts matériels et moraux, quelles que soient leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses.

 

Mais avant cela, le but primordial du syndicat est d'unir. L'union des étudiants et le refus de la compétition entre eux est le premier pas qui mène à la conscience commune, sans laquelle il n'y a pas de lutte possible. C'est la première tâche du militant, c'est la raison pour laquelle nous avons choisi comme mot d'ordre la phrase « Une attaque contre un seul est une attaque contre tous » (qui est à la base le slogan des dockers de Liverpool, « An injury to one is an injury to all »). Lorsque l’administration refuse une dérogation à un seul étudiant qui remplit les critères, elle tient le moyen de la refuser à tous les étudiants. Dès l’instant où nous arrivons à faire comprendre aux étudiants qu’ils partagent une « communauté d’intérêts », on supprime la concurrence entre eux et ils peuvent s’unir pour la satisfaction de leurs intérêts.

 

Le syndicat, pourtant, ne doit pas seulement unir. En restant à ce stade, il se scléroserait et deviendrait une corporation. Il doit unir pour obtenir la satisfaction des revendications des étudiants : de meilleures conditions d'études, des diplômes de qualité, l’Université ouverte à tous… Les revendications ponctuelles et limitées n'ont de sens que dans le cadre de principes plus généraux. Par exemple, partant de l'idée selon laquelle chacun a le droit d'accéder au savoir dans sa totalité, gratuitement et sans que cela ne le lèse dans sa vie professionnelle ou personnelle, il faut en tirer toutes les conséquences.

 

Enfin, le syndicat unit tous les étudiants quelles que soient leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuse. La raison est simple à comprendre et parfaitement identifiée dans les textes de discussions préalables à la Charte d’Amiens de la CGT (1906) : « Quand un patron veut diminuer les salaires à ses ouvriers, il ne les diminue pas d’un sou à ses ouvriers réactionnaires, de deux sous aux républicains, de trois sous aux socialistes, de quatre sous aux anarchistes et de cinq sous aux croyants, de six sous aux athées, etc... Il les diminue d’une façon égale à tous ses ouvriers, quelles que soient leurs opinions politiques ou religieuses, et c’est cette égalité dans le mal qui les atteint qui leur fait un devoir de se solidariser sur un terrain où les différences politiques ou religieuses ne les empêcheront pas de se rencontrer. Ce terrain, c’est tout simplement le syndicalisme, puisqu’aussi bien le syndicalisme a pour objet de s’occuper de la question des salaires. Une fois réunis sur ce terrain de neutralité absolue, les ouvriers lutteront ensemble pour résister à une baisse des salaires ou pour en obtenir une hausse ; pour faire obtenir des règlements d’atelier ou des conditions de travail donnant plus de bien-être et plus de liberté ». Oui, mais quelle différence avec l’action politique ? Laissons répondre les ouvriers du textile de 1906 dans les discussions préalables à la Charte d’Amiens : « L’action politique, c’est celle qui est inspirée par les préoccupations morales des citoyens, qui voudraient établir entre les hommes des relations sociales conformes à leurs désirs (...) Cette forme d’action n’oppose pas nécessairement toujours les ouvriers et les patrons. Les groupements qui en découlent sont des groupements d’affinités, beaucoup plus que des groupements d’intérêt social immédiat. C’est ainsi que, sur ce terrain, il peut y avoir des patrons avec des ouvriers, des bourgeois avec des socialistes, des millionnaires avec des pauvres, des riches avec des anarchistes. Considérée, donc, de ce côté, l’action des ouvriers peut se morceler en autant de fractions qu’il y a de conceptions politiques, car si l’accord est facile entre eux sur la nécessité de se grouper tous contre le mal patronal qui les frappe présentement, il est beaucoup plus difficile sur la nécessité d’une transformation sociale ».

 

 

LA LEGITIMITE 

  

Cette notion est centrale, et constitue actuellement une importante ligne de fracture entre les différentes organisations se réclamant du syndicalisme étudiant.

 

Pourquoi l'UNEF passe-t-elle tant de temps à faire des cartes (sans expliquer réellement l'aspect « syndical » de celles-ci) ? Cette organisation part du principe que le seul moyen de se poser en « organisation représentative », c'est d'intégrer le maximum d'étudiants. A ce titre, ce qui compte pour les dirigeants de cette organisation n'est pas que les adhérents militent, luttent ou participent, mais que par leur adhésion ils signifient : « oui, l'UNEF me représente ». Donc, comme il est plus facile de faire des cartes au nom de services rendus (photocopies, tickets de RU à l'unité, gala, réductions sur des boissons et confiseries...) qu’au nom du syndicalisme et de la notion de combat, on vend des « cartes-avantages » car « pour être défendu, il vaut mieux être syndiqué ». L'UNEF prétend donc négocier directement en son nom devant les instances gouvernementales. Il est évident que nous considérons qu'il s'agit d'une escroquerie, parce que les adhérents ne jouent qu'un rôle de faire-valoir et leur opinion ne peut être prise en compte.

 

Pour notre part, nous ne nous considérons comme légitime outil des étudiants que dans certaines circonstances. Nous savons que nous ne pourrons jamais représenter par les cartes ne serait-ce que la moitié des étudiants, nous refusons l'escroquerie du réseau d'élus (les élus le sont toujours avec moins de 10% de voix exprimées). En réalité, le seul moment où beaucoup d'étudiants s'expriment et mandatent sur des mots d'ordre précis des organisations, c'est au moment des Assemblées Générales étudiantes (AG) et des mouvements de contestation (en premier lieu les grèves). Nous ne considérons pas que notre engagement nous hausse au-dessus des autres : nous ne parlons pas à la place des étudiants. Nous ne sommes pas, comme le revendique pour elle l'UNEF, un « interlocuteur responsable » qui, parce qu'il a été élu, peut dire ce qu'il veut. Bien au contraire, ce qui fait que nos revendications reçoivent le soutien des étudiants c'est parce que ce sont justement celles des étudiants. Nous n'élaborons pas notre stratégie dans un laboratoire secret grâce à notre « intelligence hors du commun » et à notre « expérience extraordinaire » : au contraire, militer c'est écouter les revendications des étudiants, en faire parti, en ressentir les aspirations et les préoccupations. Nous ne sommes là que pour exprimer et défendre consciemment les aspirations des étudiants.

 

L'émancipation des étudiants doit être l’œuvre des étudiants eux-mêmes. En nous auto-proclamant « interlocuteurs responsables », nous ne ferions que substituer une bureaucratie à une autre. Il ne s'agit donc pas pour nous de proposer aux étudiants un « projet de société » élaboré par des esprits miraculeusement éclairés (conception inhérente aux appareils bureaucratiques et leur servant de justification idéologique). La lutte ne se commande pas d'en haut.

 

 

LE MONDE DU TRAVAIL ET L'INSERTION PROFESSIONNELLE

 

Il faut se méfier d'une idée qui, prise de différentes manières, peut vouloir dire deux choses parfaitement opposées : « l'Université n'est pas un lieu isolé sans rapport avec le monde ». C'est évidemment vrai, mais de ce constat, les gouvernements, et le patronat avec lui, ont toujours tiré la même analyse : il faut adapter l'enseignement au marché du travail. Ce serait pourtant une grave erreur.

 

C'est justement parce que l'Université a sa place dans la société et c'est justement parce que les étudiants seront souvent obligés de trouver un travail après que l'enseignement ne doit pas s'adapter au tissu économique. En créant des diplômes spécialement professionnels, on en limite la qualité (le diplôme est donc soumis à la dévaluation inévitable du progrès scientifique et des changements économiques) : l'INSEE montre que le chômage touche sensiblement moins les étudiants titulaires de diplômes généraux que de diplômes spécialisés (cf. données sociales et économiques, mars 1997).

 

L'Université est là pour accomplir une mission de service public fondamental. Aucun organisme privé ne pourrait, pour des strictes raisons de profits, la remplacer. Il s'agit pour elle de conserver, transmettre et accroître tous les savoirs humains. Chaque être humain a le droit inaliénable d'accéder au savoir, il faut donc qu'un organisme existe, c'est l'Université publique, laïque, générale et qui regroupe toutes les disciplines.

 

Dès l'instant où des intérêts privés participent à la gestion de l’Université, ils n'ont de cesse que de développer et d'adapter à leurs intérêts certaines filières rentables économiquement et de délaisser celles qui ne rapportent rien. Cette analyse est valable aussi pour ce qui concerne la recherche fondamentale et la recherche appliquée. La première explore tous les domaines, sans se soucier de ses possibles applications. La seconde explore un domaine ultra-spécialisé en tentant d'en trouver des applications : elle est donc plus immédiatement rentable que la première (donc plus appréciée des entreprises, au détriment de la recherche fondamentale).

 

 

L'UNIVERSITE, LE DIPLOME, LE TRAVAIL

 

Toute une série de questions, liées entre elles, reviennent sans arrêt sur le tapis dès qu’il est question de réforme universitaire ou de « projet de société autour de l’Ecole ». Ces questions sont toutes liées à la notion de diplôme et de travail.

 

Les fonctions de l’Université

 

Etre étudiant, ce n’est pas se battre pour son avenir professionnel (ou pas seulement). Etre étudiant, selon nous, c’est :

·      acquérir des savoirs (voire en créer de nouveaux selon le niveau d’étude), ce qui est validé par un diplôme qui a une valeur sur le marché du travail, garantie par les conventions collectives.

·      développer son esprit critique.

·      être solidaire et défendre le fait que chacun puisse avoir accès aux études de son choix.

Pour résumer, ce n’est pas seulement se battre pour avoir un diplôme, mais se battre pour que chacun puisse avoir un diplôme de qualité. Le diplôme peut servir à monnayer au mieux ses capacités (sa force de travail) sur le marché du travail. Partant de ce principe, nous pourrions dire que l’Université sert à trouver un travail. Cela peut être vrai, mais les gouvernements se servent de ce postulat pour dire : « l’Université sert à trouver un métier, il faut par conséquent former les étudiants à la pratique de ce métier ». Cela, en revanche, est parfaitement erroné, et conduit à toutes les réformes que nous connaissons.

 

L’Université est « le service public garant de la transmission et de l’accroissement de tous les savoirs à tous les citoyens ». Elle n’est pas là pour former l’étudiant à la pratique d’une activité professionnelle, d’un métier. L’enseignement supérieur, par le retour permanent à la recherche, assure à l’étudiant un certain niveau de connaissance et une méthode d’apprentissage qui lui permettra ensuite, après qu’il eût été diplômé, de se former s’il le souhaite à une activité particulière dans le cadre d’un contrat de travail.

 

L’Université ne doit pas apprendre un métier

 

L’étudiant doit être formé à une pratique professionnelle dans le cadre d’un contrat de travail, parce que c’est l’employeur qui doit payer la formation qui va lui permettre de faire des bénéfices sur ce travail. Ce paiement de la formation professionnelle du salarié par l’employeur est garanti par le Code du Travail. C’est justement parce que les employeurs, et leur représentation nationale au premier plan (le MEDEF), veulent économiser ce que coûte la formation de leurs personnels, qu’ils tentent de faire porter cette charge à l’Université et aux étudiants eux-mêmes. Le rapport Attali (1998) proposait d’ailleurs la disparition pure et simple de la notion de validité permanente des diplômes en proposant « d’envoyer les salariés se former régulièrement dans les universités » (à leurs frais !). La propagande distillée par les médias et les institutions affirmant que le remède au problème du chômage tient dans une formation plus pointue des futurs salariés sert précisément à cela, laissant de côté le fait que le chômage est lié à la structure actuelle de la société et non à un manque de formation des salariés.

 

Le but des employeurs est simple : pouvoir embaucher des jeunes déjà spécialisés et formés en fonction de leurs besoins économiques immédiats, sans avoir à payer de formation. C’est le sens de l’ensemble des réformes du supérieur proposant « une meilleure adaptation aux besoins économiques locaux ». Mais nous savons, car les chiffres sont là pour le prouver, que les diplômes ultra-spécialisés sont aussi des diplômes à dévaluation rapide, la technique et les connaissances se transformant très rapidement. Le titulaire du diplôme ultra-spécialisé est alors remplacé par un nouveau diplômé plus au fait des derniers développements des techniques : c’est le salariat-kleenex. Le service public sert alors non plus aux besoins des citoyens, mais à ceux des employeurs. Un diplôme général, en revanche, permet à celui qui le détient de changer de voie, de s’adapter aux nécessités de son emploi et de continuer sa formation au sein de l’entreprise, aux frais de celle-ci. C’est la raison pour laquelle nous revendiquons : un vrai diplôme !

 

La notion de diplôme

 

Un diplôme, c’est en France la reconnaissance nationale garantie par l’Etat d’un certain niveau de connaissance. Ce niveau de connaissance, calculé en fonction du nombre d’heures étudiées, fait l’objet de négociations et de luttes âpres entre les syndicats ouvriers et les organisations d’employeurs au niveau des branches professionnelles (énergie, communication, métallurgie et mines…), c’est ce que l’on appelle des conventions collectives. Celles-ci garantissent la reconnaissance du diplôme dans toute la branche (on dit parfois le secteur) et par conséquent le niveau de salaire, le calcul des retraites et des congés, le calcul de l’avancement et de l’ancienneté, etc... Le diplôme, c’est la garantie collective des travailleurs. C’est aussi ce qui garantit un vrai salaire !

 

Le cadre national des diplômes

 

C’est justement parce que les diplômes font l’objet de négociations par branche à l’échelle du pays, qu’il faut que le diplôme soit reconnu nationalement par l’Etat. Celui-ci « habilite » les diplômes tous les 4 ans, en fixant le nombre d’heures, les disciplines qu’ils doivent aborder, etc... A la différence du lycée pourtant, il n’y a pas de « programme », c’est-à-dire de contenu rigide fixé. En effet, les enseignants sont (théoriquement) des enseignants-chercheurs, qui organisent le contenu de leur enseignement en fonction des progrès et des transformations de leurs recherches. C’est la raison pour laquelle un DEUG de philosophie obtenu à Paris sera plutôt axé sur la philosophie du droit tandis que le même diplôme sera plutôt axé à Montpellier sur la phénoménologie. Le cadre national des diplômes ne signifie pas que ceux-ci aient les mêmes contenus, il signifie qu’ils contiennent le même niveau de connaissances et donc qu’ils doivent être reconnus sur tout le territoire de la même manière, en fonction des conventions collectives.

 

Nous disions plus haut que les employeurs cherchaient à avoir des diplômés spécialement formés à leurs intérêts immédiats. C’est le sens de toutes les réformes qui prétendent mettre en place des « collèges universitaires régionaux, ou locaux, de premier cycle », à « adapter les formations au tissu socio-économique local », à « assurer un financement régional des universités », etc... Cela signifie tout simplement la fin de la reconnaissance nationale des diplômes. C’est d’ailleurs le cas dans beaucoup de pays du monde, où c’est la mention de l’établissement où l’on a obtenu le diplôme qui en fixe la valeur : Berkeley’s Language Master, Harvard’s High Degree… Selon les moyens financiers de l’étudiant, selon son origine sociale, ethnique ou géographique, celui-ci pourra ou non évoluer dans l’échelle sociale. C’est la raison pour laquelle la FSE lutte pour le cadre national des diplômes, seul garant de l’égalité de tous les citoyens devant le système. Ajoutons que sans cadre national des diplômes, c’est forcément la mise en concurrence des universités entre elles.

 

La multiplication des barrières sélectives

 

De la réforme Bayrou à la réforme LANG-ECTS (et même avant, dès la réforme Fouchet), on retrouve un même objectif : l’augmentation des barrières sélectives à l’université. Les semestres instaurés par Bayrou (en 1997) ont pour conséquence de couper l’année en deux, au détriment de la cohérence pédagogique. Il y a également la multiplication des examens, ce qui fait qu’on est de moins en moins à la fac pour acquérir des savoirs, mais uniquement pour passer des examens (qui ont eux-mêmes perdus leur intérêt : les dissertations de 4 heures remplacées par des QCM, par exemple, sont une conséquence du doublement du nombre d’examens à moyen constant). Enfin, une fois la réforme appliquée totalement, il faudrait avoir son semestre pour passer dans le semestre suivant. Cette semestrialisation intégrale est différée sur la plupart des campus.

 

Deuxième élément fondamental, le 3/5/8 : inspiré du système nord-américain, recommandé par le rapport Attali (1998), amorcé par Allègre (1998-1999), il a finalement été consacré par Lang (2001-2002). C’est ici que l’on rencontre un argument démagogique et fallacieux, concernant la suppression du DEUG. Les étudiants et enseignants se sont battus contre l’instauration du DEUG au cours des années 70. Certains nous ont dit : « mais vous devriez être contents, on supprime le DEUG tant décrié autrefois par les étudiants ». Certes, aujourd’hui on supprime le DEUG, mais la barrière sélective (qui avait été instaurée à bac + 2 lors de la création du DEUG) demeure ! Ajoutons que demeure également la barrière sélective à bac + 1, qui n’a aucune justification pédagogique (instaurée en 1992, dans le cadre de la réforme Jospin, appliquée par Lang). Tout barrière sélective sans sortie diplômante est dénuée d’intérêt, sauf pour décourager les étudiants et leur faire quitter la fac.

 

Différence entre diplôme et compétences

 

Comme nous venons de le voir, le diplôme a une valeur collective. Cette notion de « collectivité » permet à n’importe quel salarié, même s’il se retrouve seul devant son patron, d’être soutenu par l’ensemble des autres travailleurs et de leurs organisations et de se défendre en justice (prud’hommes). C’est cette valeur collective que les gouvernements et les employeurs tentent de supprimer depuis des années : en substituant des diplômes locaux à reconnaissance locale (Certificat d’Université (CU), Diplôme d’université (DU)…) aux diplômes nationaux à reconnaissance collective et en substituant la notion de compétences à celle de diplôme.

 

Tandis que le diplôme reconnaît les connaissances d’un étudiant nationalement, c’est le patron, individuellement, qui décide des compétences d’un salarié. Ce dernier se trouve donc tout seul, privé de la force de frappe de ses organisations, pour vendre sa force de travail. C’est la destruction des conventions collectives et de tous les acquis. C’est aussi ce qui permet la déqualification : le titulaire d’une maîtrise qui livre des pizzas et le doctorant qui fait la plonge dans un restaurant.

 

Un vrai diplôme pour un vrai travail et un vrai salaire ! C’est un des mots d’ordre de la FSE qui, comme on vient de le voir dans la notion de « conventions collectives », c’est-à-dire d’union des travailleurs pour vendre le plus chèrement leur force de travail face aux employeurs qui veulent l’acheter le moins cher possible, est directement reliée à un autre mot d’ordre de notre syndicat, « Une attaque contre un seul est une attaque contre tous ».

 

 

DE LA NECESSITE DES SYNDICATS

 

Pour lutter et gagner sur des revendications, il est indispensable de s'organiser. Sans organisation, même embryonnaire, il ne saurait y avoir de véritables luttes, ou plutôt, les luttes ne resteraient que des feux de pailles. En période de lutte, les étudiants ont recours à leurs syndicats pour les aider dans leur action, même s’ils les désertent partiellement en période calme.

 

Le syndicat, parce qu'il est présent tout au cours de l'année comme structure permanente et ouverte, qu'il connaît la réglementation et la loi, qu'il connaît les méthodes d'action et leurs résultats, est un outil primordial pour mener à bien des luttes. Le syndicat, parce qu’il permet de réunir collectivement les étudiants, permet d’obtenir collectivement des avancées et de garantir collectivement des droits.

 

Les syndicats sont les organismes de défense des travailleurs, élémentaires mais fondamentaux. Ils sont le moyen du combat quotidien contre la remise en cause des droits, et le lieu où les travailleurs s'organisent. Ils ont été construits au cours de toute une histoire faite d'affrontements avec le patronat et l'Etat. Les syndicats sont une conquête historique centrale qui peuvent résister au patronat et à l'Etat, les affronter, les faire reculer et parfois les vaincre. L'idéologie dominante met en avant certain traits réactionnaires des appareils syndicaux (la bureaucratie) pour mieux tourner le dos aux syndicats, sans comprendre que les organisations syndicales réelles sont le produit du mouvement ouvrier, que leurs racines plongent dans toute l'histoire de ce mouvement.

 

 

COMBAT SYNDICAL ET COMBAT POLITIQUE

 

Par définition, l’économie a toujours été jusqu’ici « politique » : n’importe quel acte productif implique un certain système de rapports sociaux et a un effet politique de conservation, de renforcement ou de bouleversement des rapports sociaux établis.

 

Il faut pourtant s’entendre sur le terme de « politique ». S’il signifie agir dans le cadre de la société pour en transformer une partie (amélioration des conditions de vie, de travail, d’études, libertés démocratiques…), alors le combat syndical est un combat politique. S’il signifie œuvrer pour la prise du pouvoir, agir de manière « partisane » pour un parti politique déterminé, alors syndicalisme et politique sont différents. La FSE est un syndicat qui n’a d’action « politique » que dans le premier sens du terme.

 

L’idéologie dominante a suscité un « apolitisme » général de la population, qui s’est retourné contre l’engagement syndical, identifié à tort comme politique (au deuxième sens du terme). Il est évident que les syndicats abordent, selon des axes spécifiques, les problèmes politiques. Il y a forcément un caractère politique dans les luttes revendicatives.

 

Marx, dans un entretien de 1869, répond à une question qui lui est posée, « les syndicats doivent-ils dépendre d'un parti politique ? » ; sa réponse est nette : « Les syndicats ne doivent jamais être associés à un groupement politique, ni dépendre de lui, autrement ils ne rempliraient pas leur tâche et recevraient un coup mortel ». Nous abondons dans ce sens. Parce que nous sommes un syndicat, que nous abordons les problèmes socio-économiques, nous faisons un acte politique. Mais nous ne sommes pas une organisation politique, en ce sens que nous ne proposons ni un schéma de société ni une vision globale du monde. Nous luttons pour satisfaire les revendications étudiantes au nom des principes de solidarité, de démocratie, d’égalité et de liberté.

 

Un syndicat, s'il veut remplir son rôle auprès des étudiants, se concentre sur les droits et les revendications, ce qui le mène inévitablement à un autre schéma de société (on se rend bien compte que les droits fondamentaux et les besoins élémentaires (travail, logement, éducation, santé) sont en soi antagonistes avec les intérêts des classes dominantes). Mais étant donné les éléments que nous soulignions plus haut (cf. discussions préalable à la Charte d’Amiens), son rôle s’arrête là où commence l’action politique.

 

Citons un extrait des discussions préalables à la Charte d'Amiens, qui décrit la distinction entre le syndicat et le parti : « Considérant que tous les partis politiques (…) ne sont avant tout que des groupements d'opinions ayant un but primordial, celui de faire élire des membres au Parlement ; Que, dans ces groupes d'affinités, la lutte des classe, base fondamentale du syndicalisme s'y trouve anéantie par le fait que, patrons millionnaires et prolétaires affamés s'y rencontrent forcément d'accord, parce que, combattant au même plan un programme commun ; Tandis que le syndicat, groupement exclusivement d'intérêts, ne réunit que les éléments d'une même classe en vue d'une transformation économique, primant toute opinion philosophique, et qui supprimera la classe exploitrice et dirigeante; Attendu qu'il découle clairement de ces constatations qu'il existe un antagonisme profond qui s'oppose à toute relation, à toute entente réciproque entre le syndicat ouvrier et le parti politique; Le Congrès, vu les articles fondamentaux de la Confédération Générale du Travail et la neutralité politique que doit conserver tout syndicat confédéré, se prononce catégoriquement contre tout rapprochement ou rapports, quels qu'ils soient, entre la CGT et un parti politique quelconque ».

 

 

CORPORATISME, SYNDICALISME DE NEGOCIATION ET SYNDICALISME DE LUTTE

 

Certains syndicats ont changé, ou au moins leurs directions. Certains ont perdu leur image traditionnelle de regroupement des exploités pour devenir des sortes « d’entreprises de services » (informations, défense juridique, mutuelles…). D'autres évoluent vers des revendications qualitatives (participation à la gestion, société plus solidaire). Le succès de ces syndicats repose sur leur efficacité – il est tellement simple d’obtenir des résultats lorsque la seule question qui est posée réside dans une photocopieuse ou dans un code de loi –, leur crédibilité est donc proportionnelle aux avantages obtenus. Ceci est particulièrement net dans les pays où la négociation collective constitue l’essentiel de l’activité (Etats-Unis, Japon, Allemagne…).

 

Parce qu’il ne faut pas seulement soigner les effets, mais lutter contre les causes, il faut se battre contre toute les formes de corporatisme et de syndicalisme de service. En développant l’idée d’un syndicat réduit à de simples services (photocopies, ventes de tickets de RU, etc...) où tout est bon pour réunir les étudiants, on place rapidement un signe égal entre une soirée dansante de 1.000 personnes et une AG de mobilisation du même nombre. Et il est bien plus simple de rassembler 1.000 personnes pour une soirée que pour une AG... on en viendra donc rapidement à ne plus organiser que les soirées.

 

Une autre idée, commune, pratique pour le patronat, consiste à dire que tout peut être résolu par la négociation. C'est l'idée énoncée par J-P. Delas, dans son ouvrage universitaire intitulé Le Mouvement Ouvrier (CIRCA, Nathan, p. 165) : « Partout, sauf en France où patronat et syndicats sont réticents, l'activité syndicale est rythmée par la négociation des accords qui régissent le contrat salarial. Les gouvernants y voient un instrument de paix sociale et tentent de les renforcer. Par ailleurs, la législation du travail atténue la rigueur des affrontements en limitant le pouvoir de l'employeur. L'Etat s'interpose en énonçant les droits et les devoirs de chacun, il devient l'objet de pressions exercées par les deux parties qui veulent des règlements plus protecteurs ou au contraire plus légers ». On se rend bien compte combien cette vision idyllique est parfaitement erronée. Le gouvernement atténue en effet la rigueur des affrontements non en jouant l'arbitre impartial entre les deux parties mais en légitimant totalement les décisions patronales et en s'associant les directions syndicales. La suppression de l'autorisation administrative de licenciement, la désindexation du SMIC, les assouplissements progressifs du Code du Travail (mot sympathique qui veut dire démantèlement), etc… montrent réellement ce rapport de force.

 

Il s'agit, pour l'Etat, de faire croire que les décisions prises témoignent parfaitement de l'expression démocratiquement exercée des travailleurs et des étudiants : ce sont les « Etats généraux de l'Université », les groupes de réflexion, les « interlocuteurs responsables »… de soi-disant représentants qui ne représentent qu'eux-mêmes. L'UNEF, par exemple, fer de lance de la négociation, « 1ère organisation représentative étudiante », compte 7.000 membres… Sept mille étudiants sur plus de deux millions ! Et encore, combien pensent comme leur direction ?

 

Il y a un aspect commun dans le développement, ou, plus exactement, dans la dégénérescence, des directions des organisations syndicales dans le monde entier : c'est leur rapprochement et leur intégration au pouvoir d'Etat, qui cherche à les intégrer pour les faire taire. Comme nous le montre l'histoire du mouvement ouvrier, les conquêtes ne l'ont jamais été autour d'une table, mais dans la rue et par la mobilisation, par la lutte des travailleurs et de leurs organisations. C'est la raison pour laquelle nous sommes résolument opposés au syndicalisme de conciliation permanente et au syndicalisme étatisé ; au contraire, nous défendons le syndicalisme de lutte.

 

Certains syndicats, tels la CFDT ou l’UNEF, dégénèrent ainsi en néo-corporations. Dans un système néo-corporatiste, les dirigeants s’intègrent au processus de décision étatique, sans consultation de leur base, pour négocier et orienter légèrement les décisions. Chacun y voit son intérêt : les dirigeants gagnent (ou croient gagner…) de l’importance et du prestige, et l’Etat n’a même plus besoin d’étouffer la contestation, les directions des « syndicats » s’en chargeant à sa place. Seuls les salariés, étudiants, etc… sont lésés, dépossédés de leur pouvoir de décision. Il est évident que nous combattons ce pseudo-mode de représentation. Au contraire, le syndicalisme de lutte refuse le néo-corporatisme, le « syndicalisme » de négociation, de proposition ou de cogestion, et favorise la mobilisation des étudiants eux-même.

 

Un syndicat de lutte est un outil d’expression et d’action pour les étudiants. Notre rôle est de défendre les revendications qui sont celles des étudiants, sans concession, en étant radicaux et pragmatiques. Nous revendiquons ce qui est légitime, pas ce qui est « raisonnable ». Nous n’avons pas, par exemple, à expliquer comment financer la construction de nouvelles cités U : il y a besoin de nouvelles cités U, nous nous battons pour que l’Etat en construise parce que c’est son devoir, point.

 

 

COURAGE ET RESOLUTION

 

Contrairement à ce que suggèrent les conditions sociales actuelles, l’activité syndicale n’est pas un éternel recommencement, l’acquis d’hier se défaisant au cours de la nuit et tout étant à chaque fois à recommencer. Nous combattons cette conception du syndicalisme. Ce n’est que quand les syndicats limitent leurs actions et revendications, quand ils ne combattent plus les causes mais seulement les effets, que l’on peut tomber dans cette définition.

 

Néanmoins, il arrive qu’une conquête acquise, même si elle n’est pas remise en question purement et simplement, ne constitue même plus un minimum supportable au bout de quelques années. Marx en donne un exemple flagrant : « Pendant trente ans, les concessions que la classe ouvrière arracha, restèrent purement nominales. De 1802 à 1833, le Parlement émit trois lois sur le travail, mais il eut bien soin de ne pas voter un centime pour les faire exécuter ». Il poursuit en disant que les ouvriers anglais n’avaient cependant pas lutté en vain, puisque la journée de travail normale passait de 16 heures à 12 (loi de 1833) et à 10 (loi de 1847). Et de remarquer aussitôt que le développement technique de l’industrie rendait bientôt cette nouvelle journée de travail intolérable, car, dans l’intervalle, le machinisme avait été introduit à grande échelle et intensifié le rythme de travail au point d’extorquer davantage en dix heures qu’en seize. Les ouvriers anglais furent donc contraints, simplement pour défendre leur intégrité physique, à revendiquer la journée de huit heures.

 

Les institutions affirment que le travailleur doit être seul face à l’employeur, et que les contrats salariaux se « négocient librement ». L’étudiant doit-il se défendre seul lorsqu’on vient de lui refuser une dérogation à laquelle il a droit ? On aura beau proclamer qu’il n’y a plus de lutte des classes mais seulement des « partenaires sociaux », qu’il n’y a plus d’exploitation mais seulement « un libre échange », bref qu’il n’y a plus de pauvres ni de riches mais des « classes défavorisées » et des « classes aisées », il n’en restera pas moins que c’est de l’action collective que viennent les réelles avancées.

 

 

PETITE CHRONOLOGIE DES LUTTES ETUDIANTES DEPUIS 1945

  

1945 : décret instaurant la participation des étudiants élus aux conseils d’Université (4 % des élus). En effet, beaucoup d'étudiants avaient participé à la résistance, et conservaient encore des armes et la volonté de s'en servir. 

1947 : projet d’augmentation des droits d’inscription et de réduction des bourses. Grève nationale pour les bourses et contre les droits d’inscription. 

1948 : sécurité sociale étudiante. 

1951 : projet d’allocation d’études soumis au Parlement. Mobilisation pour la défense des crédits de la sécurité sociale étudiante.

1953 : mise en route du plan Le Gorgeu (constructions universitaires). Mobilisation pour réclamer des aides étudiantes plus importantes. 

1954 : grève contre les crédits budgétaires insuffisants. 

1956 : grève nationale du « déjeuner » contre l’insuffisance de participation de l’Etat dans la prise en charge des repas. 

1957 : grève nationale et manifestation à Paris pour réclamer l’allocation d’études. 

1958 : mobilisation pour des locaux et les bourses. 

1958-1961 : manifestations et affrontements pour s’opposer à la guerre d’Algérie. 

1961 : mesures gouvernementales contre l’UNEF (suppression de la subvention). 

mars 1961 : grève nationale et manifestation pour obtenir les sursis étudiants au service militaire. 

1962 : réforme des facultés de médecine, droit, pharmacie et sciences (spécialisation des études).

1963 : réforme Fouchet visant à distinguer un cursus long d’un cursus court (mesures sélectives draconiennes). Grève contre le plan Fouchet. Grève des loyers des Cités-U. 

1964 : refus du gouvernement de supprimer la réforme Fouchet. Le gouvernement supprime 4 siège à l’UNEF au conseil des Oeuvres universitaires. 

1965 : restauration de la subvention de l’UNEF. Grèves et manifestations pour l’allocation d’études. 

juin 1966 : fausse annonce du retrait des mesures sélectives du plan Fouchet.

novembre 1966 : application de la première tranche du plan Fouchet (mise en place du premier cycle et création des IUT). 

1965-1968 : mouvement national des étudiants dans les Cités-U et contre la guerre du Viêt-nam. Grèves contre le plan Fouchet. 

octobre 1967 : mise en place du deuxième cycle prévu par le plan Fouchet. Grande manifestation contre le plan Fouchet. 

1968 : plan Edgar Faure (autonomie universitaire renforcée, début du désengagement de l’Etat). 

1968 : Grève générale nationale contre la répression le 6 mai. 

1973 : loi Debré (suppression et réduction des sursis militaires) : instauration des DEUG. Mobilisation contre la loi Debré, contre la sélection entre 1° et 2° année du DEUG 

1975 : création des MST puis des MSG et MIAGE (deuxième cycle sélectif). 

1976 : plan Saunier-Seité introduisant une réforme générale du deuxième cycle avec la licence et la maîtrise. Grande grève contre le plan Saunier-Seité. Le gouvernement reçoit les syndicats mais refuse de recevoir la coordination nationale. 

1979 : réforme Veil sur les études médicales. Manifestations des étudiants en médecine contre la loi Veil. 

1980 : « carte universitaire » visant à organiser la répartition des moyens entre universités et à limiter la création des filières. Manifestations contre la carte universitaire. Manifestations pour la défense des étudiants étrangers. 

1983 : réforme Savary proposant une sélection entre les cycles (article retiré et transformé). Réforme des premiers cycles et premières expériences de contractualisation Etat/Université. Manifestations et grève contre la loi Savary. 

1986 : projet Devaquet (retiré) instaurant la sélection entre les bacheliers, la hausse des droits d’inscription et une plus grande autonomie des universités. Manifestations et grève générale contre le projet Devaquet (départ : Paris XIII-Villetaneuse et Amiens). Un manifestant (Malik Oussekine) est tué au cours de la répression d'une manifestation.

nov-dec 1987 : grèves contre les conditions budgétaires de rentrée. 

1989 : loi d’orientation Jospin. Distribution des crédits et des moyens aux organisations élues au CNESER en fonction des résultats électoraux. 

1990 : plan « université 2000 » de Jospin. 

1991 : mobilisation monstre contre la réforme Jospin. Abrogation de la réforme Jospin. 

1992 : réforme des premiers cycles, le ministre Lang fait passer la réforme Jospin sous la forme d'un décret. 

1994 : « Contrat d’insertion professionnelle » (CIP, dit « smic jeune ») donnant possibilité de rémunérer les jeunes diplômés sous le SMIC (plan Giraud). Mobilisations et grèves contre le CIP. Abrogation du CIP. 

1995 : rapport Laurent et circulaire Bardet. Manifestations et grèves contre le rapport Laurent et la circulaire Bardet. Grève générale de novembre/décembre 1995 contre le plan Juppé sur la Sécurité sociale. 

1996 : Etats Généraux de l’Université. Rapport Faurroux. Réforme Bayrou de l’Université conservée par le ministre socialiste Allègre.

1997 : l’arrêté Bayrou paraît au journal officiel. 

octobre 1998 : mouvement national des lycéens pour de meilleures conditions d’études (départ : Nîmes).

nov-déc 1998 : plus d’une dizaine d’universités se mettent en grève contre le plan U3M et la réforme Allègre de l’enseignement supérieur (départ : Montpellier et Toulouse). L’université de Caen reprend la revendication de l’abrogation de la réforme Bayrou.

1999 : mouvement national des lycéens pour de meilleures conditions d’études.

mars 2001 : grèves et mouvements pour plus de moyens et contre la logique de privatisation (départ : Montpellier et Metz).

octobre-décembre 2002 : AG et mobilisations contre la réforme LMD-ECTS. Près d’une dizaine de CA sont bloqués par les étudiants, grèves dans 4 universités (départ : Toulouse).

printemps 2003 : participation au mouvement de défense des retraites et contre la décentralisation.

novembre-décembre 2003 : grèves contre la réforme LMD-ECTS, plus de 10 facs en grève et une trentaine « mobilisées ». Jusqu’à 30.000 étudiants dans la rue, le 27 novembre 2003 (départ : Rennes).

BFSE - Pratiques militantes dans le syndicalisme étudiant

"Bases fondamentales du syndicalisme étudiant", édition 5 bis (2003-2004) :

 

 

II : Pratiques militantes dans le syndicalisme étudiant

 

MILITER AU QUOTIDIEN

 

Militer, dans le langage courant, c'est diffuser des tracts et coller des affiches. C’est pourtant beaucoup plus. C'est d'abord ressentir la nécessité de s’unir pour défendre ses conditions d’études, puis comprendre véritablement les tenants et aboutissants du combat syndical, les raisons de l'implication personnelle et les raisons de la lutte : on ne convaincra que si l'on est déjà soi-même convaincu.


Il ne faut donc pas confondre les moyens et la fin de notre action. Militer pour développer notre syndicat (c’est-à-dire pour augmenter le nombre de nos militants et de nos sections) n'est qu'un moyen : le but de la FSE n'est pas de construire la FSE, il est de combattre pour défendre les conditions d’études des étudiants. Bien entendu, nous ne pourrons être efficaces que si nous sommes nombreux et donc nous militons aussi pour développer notre organisation. Nous faisons cela uniquement pour être plus efficaces, pour mieux défendre les étudiants.

 

            Militer au quotidien, c’est donc :

 

« S'investir » : le premier devoir du militant est de s'investir, au sens étymologique du terme : s'habiller de l'intérieur (s'informer, se former) pour mieux défendre les étudiants et pour mieux les convaincre de la justesse de notre travail. Il faut donc lire et connaître la réglementation qui régit les universités et en saisir le sens (voire les finesses). C'est en second lieu saisir la nécessité de l'engagement. Nous n'arriverons à rien si nous nous enfermons dans un syndicalisme « de routine ». Nous sommes dans une logique de lutte, avec une volonté de changement. Il faut se demander à tout moment : est-ce que ce que je fais est adapté et suffisant pour atteindre les buts que je me suis fixé et en lesquels je crois ?

 

Etre responsable : le militantisme est un acte adulte. Un adhérent n’est contraint d’effectuer que les tâches dont il a librement pris la responsabilité. Cette règle a pourtant un corollaire : le syndicat est en droit de demander des comptes sur les tâches dont le militant avait pris la responsabilité.

 

Expliquer patiemment : certaines situations, et la mauvaise foi de certains interlocuteurs, obligent parfois les militants à des jonglages verbaux et intellectuels. C'est une erreur. Nous construisons notre action autour d'idées simples, qui s'expliquent simplement et qui amènent une réponse simple : il n'est pas tolérable qu'une loi qui protège les étudiants soit bafouée (exonération des frais d'inscription, dérogation...), il n'est pas tolérable que des droits fondamentaux soient bafoués (droit à l'éducation, droit au logement, droit à la dignité...).

 

Participer à la réflexion : il faut faire très attention à ce qu’il n’y ait pas de hiérarchisation des militants. Toutes les tâches doivent être partagées. Il est hors de question qu'il y ait des militants de première et de seconde zone. De cette façon, afin de permettre à chacun d’organiser son expression et de se former à l’écriture, tout le monde doit écrire dans le journal, tout le monde doit avoir les moyens théoriques de s'exprimer en AG et en réunion. Tous les militants doivent exercer à la fois des actions théoriques et pratiques.

 

Rester étudiant : faisons aussi attention de ne pas placer notre engagement syndical au-dessus de nos études. D’abord parce que nous sommes là pour ça, ensuite parce qu’en étant au contact permanent des autres étudiants, en ayant les mêmes contraintes et les mêmes problèmes, nous pouvons parler sans difficulté et écouter au mieux leurs revendications : en allant à tous ses cours, on garde contact avec la réalité. Demander à ce que les TD soient moins surchargés tout en ne mettant jamais les pieds dans ses propres TD serait absurde et, pour tout dire, fort peu en accord avec le principe même du syndicalisme.

 

Nous ne sommes pas au-dessus des étudiants : méfions-nous par-dessus tout de l'état d'esprit où l'on se trouve dès que l'on commence à avoir des responsabilités, à goûter aux « miettes du pouvoir » (repas de fin d'année réservé au élus, clé permettant d'accéder au parking de l'administration, discussion privilégiée avec le président ou le recteur...). Il ne faut jamais oublier que si nous avons droit à ces « miettes », c'est justement pour nous donner faim et nous amener à laisser tomber nos revendications en négociant « entre gens du même monde ». N'oublions jamais que nous sommes des étudiants comme les autres. C'est la raison pour laquelle nous refusons tous les avantages liés aux fonctions que nous pourrions occuper.


Il faut vendre le journal ! Si les organisations de lutte se sont dotées à un moment donné d'organes de presse, ce n'est pas pour faire joli, c'est pour pouvoir exprimer la voix indépendante et les idées de ceux qui, d'habitude, n'ont pas voix au chapitre. Pour cela, La Canonnière est l'élément par lequel nous exprimons nos idées, nous informons des éléments de l'actualité que la presse n'a éventuellement pas soulignés, nous expliquons un certain nombre d'analyses. C'est le moyen de faire connaître notre syndicat, de discuter et d'échanger plus sérieusement les idées que par la seule parole. Notre journal est enfin l’une des sources de revenus qui nous permettent de rester indépendants de toute emprise. C’est donc une nécessité vitale que de le vendre !

 


LA PRESENCE DANS LES LOCAUX SYNDICAUX

 

On peut avoir l’habitude, lorsqu’on sort de cours ou lorsqu’on a quelques heures de libre à la fac, d’aller au local, parce que ça peut être là qu’on va rencontrer des gens avec lesquels on a des liens d’amitié. Pourtant, il faut se fixer comme règle élémentaire la chose suivante : on va au local d’abord et avant tout pour militer. C'est un lieu de travail syndical, notamment de réception des étudiants qui ont besoin de notre aide, certainement pas une cafet' où on retrouve sa bande de potes entre deux cours.

 

Nous construisons tout notre travail militant autour de la notion selon laquelle les étudiants doivent pouvoir être défendus, conseillés et informés en permanence. Cela signifie que nos locaux doivent rester ouverts pendant la plus longue partie de la journée. Des tableaux de permanences doivent être mis en place afin que les militants se partagent tous les créneaux horaires. Au cours de cette période, les militants de permanence sont responsables des tâches définies par le syndicat, de la réception et du règlement des problèmes étudiants. Les militants de permanence sont comptables devant le reste du syndicat des tâches qui devaient être accomplies pendant cette période (sauf dans le cas où un autre responsable a été désigné).

 


DEFENDRE UN CAS INDIVIDUEL D'ETUDIANT


Comme nous venons de le dire, c’est au militant de permanence que revient la responsabilité des cas d’étudiants en difficulté qui peuvent se présenter. Ce militant peut bien sûr en déléguer un autre qui choisira librement de se charger du problème. La procédure est assez simple :

 

1) Définir de quel problème il s’agit : une discussion préalable avec l’étudiant est nécessaire. Le but est de connaître suffisamment la situation de l’étudiant pour pouvoir défendre et argumenter au mieux sur le dossier. Un peu de psychologie est nécessaire, les étudiants connaissant mal la réglementation il leur arrive souvent d’oublier de mettre en avant des éléments qui peuvent être décisifs.

 

2) Monter un dossier solide : il faut ensuite remplir une fiche aussi précisément que possible. Il arrive souvent que ce soit un autre militant qui s’occupe du dossier par la suite. Cette fiche doit donc être claire et concise, et comprendre tous les éléments utiles à la défense de l’étudiant (nom, prénom, adresse, téléphone pour joindre l’étudiant s’il y a nécessité, cursus, détail complet du problème, copie des éléments matériels susceptibles d'éclairer le cas ou d’y ajouter du poids…). Le militant doit ensuite établir un argumentaire : quel est le problème ? Que dit la loi ? Sous quel angle d’attaque va-t-il falloir défendre le dossier ?

 

3) Faveur ou droit ? Selon le problème en question, l’angle d’attaque sera différent. Il y a deux possibilités (nous ne parlons pas des étudiants qui se tournent vers nous pour accomplir un miracle) :

* L’étudiant demande l’application de ses droits. On vient de refuser à un bachelier de s’inscrire à l’université, par exemple. La loi est claire : l’université est obligée de l’inscrire, il n’y a donc pas de négociation ou d’argumentation à invoquer, il faut faire appliquer la loi.

* L’étudiant demande une faveur. Un étudiant n’a obtenu par exemple que 68 % de ses coefficients en première année : la loi parle de 70 %. Il faut aller discuter avec le plus d’arguments possible (lutte contre l’échec, problèmes familiaux, travail salarié, maladie…) avec le responsable et le convaincre.

 

4) Quel interlocuteur aller voir ? Selon le type de problème et selon les démarches déjà effectuées par l’étudiant, les interlocuteurs changent. Il y a deux types de problèmes :

* Problème pédagogique : tout ce qui entraîne la responsabilité d’un ou de plusieurs enseignants : notation, contenu des cours, non-respect du règlement des études par l’enseignant, refus de rendez-vous, correction des copies, jurys, validation d’acquis… (notons que certains cas sont des problèmes mixtes (pédagogique et administratif), comme l’attribution de dérogation).

* Problème administratif : tout ce qui entraîne la responsabilité de l’administration : inscription, conditions d’examen, procès-verbaux, aides sociales, carte de séjour... (notons que les problèmes administratifs ont quelquefois une origine pédagogique).

Le militant doit donc définir de quel type de problème il s’agit. S’il s’agit d’une affaire pédagogique, les décisions des enseignants et des jurys d’enseignants étant selon la loi souveraines, c’est l’enseignant responsable qu’il faudra aller voir. C’est le type de problème que l’on ne peut résoudre qu’avec une discussion très argumentée. S’il s’agit d’une affaire administrative, c’est le membre de l’administration responsable qu’il faudra aller voir.

 

5) Suivre la voie hiérarchique : le système administratif est hiérarchisé. Dans la défense des étudiants, nous avons tout intérêt à ne pas, en plus, froisser la susceptibilité des petits chefs. On commence toujours de la base pour aller vers le sommet. Sauf cas particulier, l’ordre est le suivant (sachant que selon le cas, la base diffère) :

* Problème pédagogique : Enseignant chargé directement du cours (ou du TD) -> Enseignant responsable du module -> Enseignant chargé de l’année -> Enseignant chargé du département (ou de la discipline) -> Enseignant chargé de l’UFR -> Vice-président du CEVU -> (Vice-président du CA, selon les cas) -> Président de l’Université -> Recteur -> Ministre de l’Enseignement supérieur -> Premier ministre -> Président de la République.

* Problème administratif universitaire : Responsable « bas de l’échelle » (selon les catégories et les universités, l’organigramme varie : secrétariat généralement) -> Chef du service en question (examens, bourses…) -> Chef du service général (scolarité…) -> Vice-président du CEVU -> (Vice-président du CA, selon les cas) -> Président de l’Université -> Recteur ou Tribunal administratif (si TA, on peut continuer vers les autres instances judiciaires et terminer par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, selon les cas) -> Ministre de l’Enseignement supérieur -> Premier ministre -> Président de la République.

* Problème administratif hors de l’université (CROUS par exemple) : Responsable « bas de l’échelle » (selon les catégories : secrétariat généralement, voire aussi assistantes sociales) -> Chef du service en question (cité-U, étrangers…) -> Chef du service général -> Responsable de l’établissement (président du CROUS…) -> Recteur (selon les cas, généralement pour ces questions seulement consultatif) ou TA (si TA, on peut continuer vers les autres instances judiciaires et terminer par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, selon les cas) -> Ministre responsable (affaire sociales…) -> Premier ministre -> Président de la République.


6) Le rapport de force : Selon le problème qui se pose, il faudra mettre en œuvre des moyens différents. Il n’y a pas de règle, tout dépend de la psychologie de l’interlocuteur, de la qualité des dossiers, de l’envie ou non de se battre de l’étudiant… Une chose compte pourtant : le rapport de force doit être graduel. On ne va pas séquestrer un président d’université pour une affaire de dérogation. Tout commence par la discussion et l’argumentation selon la voie hiérarchique, et se durcit petit à petit en cas de refus persistant. Arrivé en haut de l’organigramme (responsable de l’établissement), la question doit être posée selon les termes suivants : de quel temps disposons-nous pour régler le cas et comment avons-nous le plus de chance de régler le problème ? Par une procédure légale (tribunal administratif) ou par une action syndicale directe ? Dans tous les cas, le militant doit savoir improviser et avoir l’esprit d’initiative. Il ne doit pas redouter non plus de questionner les militants plus anciens et plus expérimentés.

 


ELECTIONS ET ATTITUDE AU SEIN DES CONSEILS


Que ce soit dans les conseils centraux des universités (Conseil d'Administration, Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire, Conseil Scientifique), dans les conseils de cités universitaires, dans les Centres Régionaux des Œuvres Universitaires et Scolaires, ou dans les assemblées d’ampleur nationales (Conseil National de l'Enseignement Supérieur Et de la Recherche, Centre National des Œuvres Universitaires et Scolaires, commissions nationales…) le nombre de sièges attribués aux étudiants ne représente pas démocratiquement la réalité.


Par exemple, il y a à l'Université Paul Valéry Montpellier III : 21 000 étudiant, 550 enseignants, et 300 IATOS. Le Conseil d'Administration est composé comme suit : 60 sièges distribués en 15 sièges étudiants, 26 sièges enseignants, 7 sièges IATOS et 12 sièges personnalités extérieures. On voit bien à quel point nous sommes sous-représentés: un élu étudiant « représente » 1400 étudiants, un élu IATOS « représente » 42 IATOS et un élu enseignant « représente » 21 enseignants. 


D'autre part, moins de deux étudiants sur dix se déplacent pour voter (voire même souvent moins d’un sur dix). Pourquoi si peu ? Il y a de multiples raisons dont l'absence quasi-intégrale d'information, dans le manque de publicité des débats des conseils, dans l'absence de conscience commune des étudiants.


Pourquoi nous présentons-nous aux élections, alors ? Pour trois raisons : c'est le seul moyen pour nous d'obtenir les informations nécessaires aux étudiants et à l'application de leurs droits, c'est un moyen pratique de faire passer nos idées (bulletin de l'université, moyens financiers, local), et c'est enfin un moyen (rare) de faire pencher la balance en faveur des étudiants, notamment si le conseil a lieu pendant un mouvement de contestation. En revanche, nous ne considérons pas que nous puissions faire changer beaucoup de choses par le seul fait de siéger dans les conseils. Nous ne considérons pas non plus que le nombre de nos élus assure notre légitimité pour parler au nom des étudiants (nous parlons au nom de notre organisation, donc de nos adhérents, c'est tout). Notre lutte pour la satisfaction des revendications générales étudiantes n'est pas contractuelle, elle est conflictuelle. La simple réalité démontre qu'il est impossible d'obtenir de grandes avancées par la négociation.


Il faut bien comprendre que si les étudiants sont représentés dans les conseils c'est surtout pour pouvoir légitimer les décisions gouvernementales. Les conseils sont des régimes présidentiels, où le président a à peu près tous les droits (il peut refuser de mettre une question au vote, d'inscrire un point à l'ordre du jour, il nomme le bureau, le secrétaire général, il s'occupe du temps de parole et du droit même de s'exprimer…). Concrètement, ce n’est pas dans les conseils qu’on va changer l’université. Notre attitude est donc simple : recueillir le maximum d'informations pour les étudiants, y faire entendre leur voix sans se faire d'illusion, refuser de gérer la crise et indiquer une ligne nette sur des mots d'ordre simples.

 

VOTER OU NE PAS VOTER ?

En général, il est assez facile de décider quoi voter. En fonction de la ligne syndicale préalablement fixée, en fonction des principes élémentaires de la démocratie, les militants sauront quelle position adopter. Il arrive cependant que dans certains cas la marche à suivre ne soit pas assez claire, implique une difficulté dans les termes, bref il arrive que l'on ne sache pas quoi voter exactement. Dans ces cas là, il suffit de revenir quelques instants au sens même des votes.

 

1) Ne pas prendre part au vote :

La question est mal posée/floue/erronée/n’a pas lieu d’être, ou la situation ne permet pas de légitimer le principe même du vote, ou le vote ne peut pas nous concerner (en votant on trahirait la démocratie, par exemple une AG d’une autre fac que celle où on est étudiant).

 

2) S'abstenir :

Il n'y a pas assez d'éléments pour se prononcer, ou on a un doute, ou on est pour/contre une partie et pour/contre une autre.

 

3) Voter pour :

D'accord avec l'intégralité du vote.

 

4) Voter contre :

En désaccord avec l'intégralité du vote.


Le vote est l'outil nécessaire et fondamental de l'expression démocratiquement exercée du militant. Que ce soit dans le cadre de nos réunions, dans celui des AG étudiantes, des conseils universitaires, ou ailleurs, il ne faut pas hésiter à revenir à ces principes élémentaires.

 


LA DEMOCRATIE INTERNE


La seule démocratie parfaite théoriquement est la démocratie directe (l'agora mythique - d'ailleurs même là ne pouvaient s'exprimer que les citoyens, c'est-à-dire les nobles de la Cité). Théoriquement. Pratiquement, elle a rapidement des limites. Dès qu'il y a trop de monde, celui qui parle le plus fort, celui qui ment le mieux, le meilleur polémiste ou celui qui a le plus d'hommes en armes à la sortie, sortira vainqueur. La pseudo démocratie directe peut devenir la légitimation de l'autocratie. En donnant à tous les gens en même temps l'impression qu'ils peuvent dire ce qu'ils veulent on leur interdit de parler ou, au moins, d'être entendus. C'est la raison pour laquelle un certain nombre de règles doivent être respectées.

Pour que la démocratie soit effective, il faut que chacun puisse s'exprimer, quelle que soit son ancienneté dans le syndicat : tous les adhérents peuvent s'exprimer pour dire leur incompréhension, leur refus ou leurs propositions avant les votes. Le syndicat doit avoir pour soucis de fournir à ses adhérents le maximum d’informations « brutes », c’est-à-dire puisées à la source (textes de loi, circulaires, rapports, courriers, articles de presse, profession de foi, procès verbaux des conseils…). Ils pourront ainsi enrichir leurs analyses et saisir la véritable portée des revendications. La force d’un syndicat de lutte se mesure dans la capacité qu’a l’ensemble de ses adhérents à défendre de façon argumentée ses positions.


Le bon fonctionnement interne du syndicat nécessite un certain nombre de procédures destinées à assurer le bon déroulement des réunions et la démocratie. Il faut toujours placer un préliminaire à toute réunion ou discussion interne : c'est la camaraderie syndicale. On peut aimer ou détester personnellement un camarade, il n'en reste pas moins que la discussion entre militants doit rester sereine et porter exclusivement sur des arguments syndicaux (les « arguments » d’ordre affectifs ou politiques, notamment, n’ont pas leur place en réunion). Nous sommes unis par un certain nombre d'idées et d'objectifs communs et nous nous devons le respect. Nous pouvons bien sûr nous heurter en parole lorsque les opinions divergent, mais seulement sur les questions syndicales. Les problèmes d’individus, les états d’âme personnels, les questions politiques n’ont de place qu’au dehors, et ne doivent pas interférer avec la bonne marche du syndicat.

Ce respect mutuel se traduit notamment par le tour de parole auquel on s’inscrira et que l'on n'interrompra pas afin de laisser parler tout le monde. Il peut arriver que pendant le tour de parole, la question débattue pose un problème de fond ou de forme, on pourra alors y glisser un point d'ordre (action destinée à interrompre brièvement le débat, afin d'y glisser une information générale, une notion fondamentale, un problème de timing, afin que le débat ne soit pas bloqué ou absurde).

On commencera toute réunion avec la présentation d’un ordre du jour ouvert auquel on pourra adjoindre des questions diverses. L'ordre du jour sert à exposer l'ensemble des problèmes en leur ménageant une durée suffisante. Certaines réunions importantes peuvent avoir un ordre du jour fermé, voire un ordre du jour avec un point unique, lorsque la question exposée est particulièrement grave et urgente.

On peut repousser un vote s'il y a un manque particulièrement flagrant d'information : la démocratie implique que chaque militant en sache suffisamment pour pouvoir se prononcer. Chacun a le droit au cours des votes de demander un vote séparé ou un vote à bulletin secret (vote à bulletin secret qui se fait automatiquement lorsqu’il s’agit de voter sur une personne : élection, sanction...). Chacun a le droit de demander une interruption de séance, afin de pouvoir se concerter avec d'autres, réfléchir avant un vote, écrire une motion ou toute autre chose nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie.

La camaraderie syndicale dont nous avons parlé implique un certain nombre de droits et de devoirs. Nul n'est contraint de faire quelque chose dont il n'a pas envie (excepté si son absence remet en cause l’application d’un vote démocratiquement exercé), mais s'il prend la responsabilité d'une tâche il est tenu de l'appliquer : le respect des autres camarades passe par cette responsabilisation (respect des horaires, respect de la parole donnée).

 

LE DROIT DE TENDANCE

            La démocratie interne est une nécessité primordiale. Il peut arriver qu’un militant ou un groupe de militants soit en opposition à un ou plusieurs aspects de la ligne majoritaire. Ils peuvent évidemment exprimer ce désaccord tout à fait librement. Toutefois, si le désaccord persiste et qu’il est suffisamment important pour motiver une ligne syndicale suffisamment différente, les militants peuvent déclarer officiellement une tendance, basée sur un texte porté à la connaissance de tous les militants. Le droit de tendance donne certaines prérogatives, par exemple toutes les instances élues doivent l’être au prorata des tendances exprimées au cours du Congrès annuel. Les tendances ont le droit de publier leur propre presse, ont le droit de s’exprimer en tant que telles dans la lettre interne. Le droit de tendance permet à chacun de défendre ses idées, même si elles ne vont pas dans le sens de l'opinion générale. Attention cependant de ne pas sombrer dans le travers de l’ultra-sectorisation : le droit de tendance doit être motivé par une opposition suffisamment large à la ligne majoritaire, et non pour des désaccords ponctuels. Précisons enfin qu’un véritable droit de tendance permet plus de démocratie et de débats syndicaux, pas la manipulation politicienne - comme c’est le cas à l’Unef.

 

LA PERENNITE DES IDEES DU SYNDICAT

 

La principale difficulté que rencontre tous les syndicats étudiants est liée à l’état même du statut d’étudiant. On reste étudiant pendant une courte durée (en moyenne moins de trois ans), et le renouvellement permanent des générations à l’intérieur d’un syndicat doit rester un souci constant. Une organisation très puissante numériquement une année peut s’affaiblir brusquement une autre. C’est la raison pour laquelle nous insistons tant pour que nous gardions des traces écrites de notre activité, de nos expériences, de nos prises de position... Tout cela afin que l’expérience passée serve de guide aux nouveaux adhérents. De la même façon, les militants plus anciens et l’organisation tout entière ont pour tâche de transmettre cette expérience et de l’accroître.

Il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse et renfermer a priori notre action sur des expériences et des idées passées : l’esprit d’initiative, l’audace, la régénération de vieilles données et de vieilles approches doivent aussi être placées au premier plan. Les nouveaux adhérents, qui portent un regard neuf sur les syndicats et l’Université, favorisent le renouvellement permanent de notre perception et de nos analyses sur la situation de l’enseignement supérieur et les réalités étudiantes quotidiennes.

 

LE FONCTIONNEMENT BUREAUCRATIQUE

 

Revenons plus précisément sur plusieurs éléments brièvement énoncés plus tôt :

 

La tendance générale des militants à se sentir « au-dessus du panier ». Cette opinion peut arriver tôt ou tard, lorsqu'on se retrouve confronté à l'incompréhension ou au désintérêt des étudiants. On en vient à dire « ils ne comprennent pas ». Cette attitude, si elle est humaine et compréhensible, n'est pourtant pas acceptable de la part d'un militant. Si l'on ne nous comprend pas, c'est que nous ne nous sommes pas (ou mal) fait comprendre. Si l'on ne nous suit pas dans une revendication, c'est parce que nous avons collé une revendication « d'en haut », plutôt que de l'extraire de la base. Il y aura bien sûr toujours des individus de mauvaise foi, des imbéciles et des crapules. Mais pourquoi militons-nous ? Pour obtenir la satisfaction des revendications issues de l'ensemble des étudiants, nous ne nous focalisons pas sur des individus.

Nous ne sommes pas au-dessus des étudiants. Il y a bien sûr une certaine noblesse à militer, mais c'est une noblesse qui ne nous donne droit à rien d'autre qu'à nous permettre de continuer à nous regarder dans une glace.

 

La corruption de « l'aristocratie » étudiante. Le gouvernement et la présidence des universités ont tout intérêt à empêcher les étudiants de contester leurs décisions. Le plus simple reste donc d'acheter leurs dirigeants syndicaux. L'exemple le plus flagrant est la validation d'Unités d’Enseignement (ou de points) pour « récompenser l'engagement » des étudiants (discussions préalables à la réforme Bayrou, puis réforme LMD-ECTS). Nous refusons tout ce qui peut être attribué à un militant et qui n'irait pas à l'ensemble des étudiants (clé du parking interne à la fac, repas offerts au cours d'une pause d'un conseil de l'université, voire, de façon plus subtile, le tutoiement de responsables administratifs). Les seules personnes qu’on achète sont celles qui sont à vendre.

 

La tendance à séparer les militants « de la base » et les « cadres ». Le processus mental est le même que dans notre premier point. Il arrive sans cesse de nouveaux militants qui connaissent, c’est normal, bien peu de choses au syndicalisme. La tentation peut exister de les envoyer coller des affiches plutôt que de leur permettre de participer aux discussions centrales. C’est évidemment une erreur. Il ne faut cependant pas tomber dans l'excès inverse consistant à envoyer seuls des militants non encore formés au « casse-pipe » (Conseil d'Administration, réunion nationale...), à les obliger à écrire des textes trop difficiles, ou à les obliger à effectuer des tâches d’emblée trop techniques (mise en page par exemple). Une régulation permanente doit se faire, où les anciens, plus expérimentés, forment les nouveaux, en leur permettant ainsi d'exprimer en connaissance de cause leurs opinions et de les défendre.

 

La confiscation du pouvoir. Suite inévitable du point précédent. Dès l'instant où certains font le « sale boulot » pendant que d'autres participent aux tâches plus valorisantes, le pouvoir est peu à peu confisqué au profit d'une minorité de bureaucrates « qui savent ». Le syndicat devient alors une bureaucratie où les chefs se cooptent et où les militants obéissent. C'est l'absolue antithèse de ce à quoi nous œuvrons !

 

Comment lutter contre le bureaucratisme et le fonctionnement pyramidal ? Par un respect scrupuleux des statuts (rédigés afin d'empêcher cela), par un combat permanent pour la démocratie et le dialogue. La démocratie n'est pas un objet stable, donnée une fois pour toute et conservée en l'état par un pouvoir miraculeux. La démocratie est une lutte perpétuelle. Le combat pour la démocratie n'est pas un droit : il est un devoir absolu !

 

 

LE FINANCEMENT DU SYNDICAT

 

Qu'on le veuille ou non, nous vivons dans un système économique où rien n'est gratuit. Pour s'exprimer, pour exister, pour mener des combats et obtenir des avancées pour les étudiants (ou éviter des reculs…), notre syndicat a besoin d'argent. Les tracts, les affiches, les recours juridiques, le matériel syndical, le journal, etc..., tout a un coût. Le financement est donc une nécessité vitale. Mais bien plus, pour exprimer notre voix indépendante, nous devons être indépendant financièrement : pour cela, nous devons nous autofinancer.

Il faut immédiatement évacuer toute timidité vis-à-vis de ce problème. Les soutiens financiers de personnes privées, la vente du journal, le paiement des cotisations, les campagnes financières, ne sont pas des « problèmes d'argent » : ce sont des problèmes syndicaux. On ne demande pas de l'argent pour partir en voyage aux Antilles, mais bien pour défendre des droits et réussir à en obtenir de nouveaux. Après tout, nous pourrions réclamer des aides au gouvernement, à la fac (par l'intermédiaire du FSDIE), faire un journal payé par la publicité et ne jamais réclamer d'argent aux gens... oui, mais serions-nous indépendants, serions-nous encore l'outil de lutte des étudiants ?

A ce titre, la vente du journal (sans publicité) est une nécessité financière d'une part et une nécessité syndicale d'autre part. Le journal est notre carte de visite. Nous n'existons réellement que si nous sommes indépendants financièrement.

 

REVENDICATIONS ET NEGOCIATIONS

 

Il arrive souvent que l'administration nous reproche notre intransigeance. L'idée générale actuellement est qu'il faut faire des concessions, dialoguer, négocier, que l'important est d'obtenir des « aménagements », de menus avantages...

 

Bien. On vient de refuser l'inscription à l’université d'un bachelier issu d'une autre académie. La loi oblige l'université à l'inscrire. Que fait-on ? Des concessions ? On expulse en plein hiver des étudiants de leur chambre de cité-U. Que fait-on ? Des concessions ? Nous considérons que la laïcité est la base indépassable de l'égalité de tous face au système. Nous considérons en outre que l'égalité de tous constitue la base fondamentale de notre engagement. Le Conseil d'Administration veut que l'entreprise Royal Canin finance un diplôme, remettant en cause la laïcité de l’université. Que fait-on ? Des concessions ?

 

Il ne faut pas confondre souplesse dans la négociation et concessions sur l'essentiel. Nous ne devons à aucun prix faire des concessions sur les droits essentiels, déjà suffisamment bafoués. Une revendication exprimée par les étudiants est impérative : nous n'avons pas à transiger dessus. Faire des concessions sur des revendications nettes issues des étudiants serait les trahir. Une revendication plus floue, dont l'élaboration et la mise en place demande réflexion, peut donner lieu à négociation et, éventuellement, à concession.

 

Il est hors de question en revanche d'accepter une loi, une réforme ou quoi que ce soit parce qu'il y a dedans « des choses qui vont dans le bon sens », tant qu’il y a aussi des choses qui vont dans le sens contraire de l'intérêt des étudiants. On refusera de négocier sans ce préalable. A ce titre, nous ne marchandons pas nos revendications. L'UNEF (alors UNEF-ID), le « syndicat » du marchandage institutionnel, a passé tout son temps en 1996-1997 à marchander de petites améliorations sur la réforme Bayrou : faire passer la rémunération des stages diplômants de 1 200 francs à 1 865 francs par mois, leur durée d’un an à 5 mois... Non ! L'idée même du stage diplômant étant inacceptable, il fallait refuser de négocier et combattre cette loi en bloc.

 

Le processus est simple : d'accord pour négocier si l'on peut obtenir que les choses aillent dans le sens d'un accroissement des droits, des intérêts et du confort matériel et moral des étudiants ; pas d'accord si c'est le contraire. On pourra négocier par exemple l'augmentation de la surface des chambres de cité-U, dès l'instant où cette surface augmentera. En revanche on refusera de négocier si le gouvernement veut la baisser (oui aux négociations par le haut, non aux négociations par le bas).

 

LA SOLIDARITE ETUDIANTE

 

Comme le disait Victor Hugo, « Nous ne voulons pas la misère assistée, nous voulons la misère supprimée ». Si nous défendons les étudiants, ce n'est pas par charité, mais par solidarité étudiante. Remarquons que même si l'idéologie dominante mélange ces mots, ils ont une signification totalement différente. Robin des Bois faisait la charité : il volait aux riches pour donner aux pauvres, mais en aucun cas il n’expropriait les riches. Le pauvre, après avoir utilisé l'argent restait pauvre, et le riche restait riche et le devenait chaque jour un peu plus (puisqu’il possédait la terre et les moyens de la rentabiliser). Nous sommes solidaires parce qu'en défendant le droit de tous les étudiants, nous nous défendons aussi nous-mêmes. Nous combattons les effets, mais nous combattons aussi les causes.

Par exemple, certains vendent les tickets de resto-U à l'unité, parce que le CROUS ne le fait pas et qu'il n'est pas toujours facile de sortir 26 euros d'un coup (soit, au passage, 8,3 % d’augmentation entre 2001 et 2003 !). Cela peut partir d'un bon sentiment. Mais est-ce qu’ils se battent pour que le CROUS les vende à l'unité ? Non. Ils se substituent simplement à lui, c'est tout. Parce que nous sommes solidaires, nous nous battons pour que les étudiants puissent obtenir ensemble - par le rapport de force - le retour à la parité Etat/étudiant sur le prix du repas au RU. Nous ne sommes pas là pour gérer la crise. Ce n'est pas le rôle d'un syndicat.

 

L'INTERNATIONALE ETUDIANTE 

 

Tout comme nous devons travailler à l’unité dans la lutte des étudiants et des autres travailleurs, nous devons œuvrer pour unifier la lutte des étudiants de france et celle des étudiants des autres états.

La mondialisation des échanges, les traités internationaux (Maastricht, ALENA, AGCS…), entraînent de multiples conséquences dans le système éducatif de tous les pays et fait régresser partout sur la planète les droits et les acquis étudiants. Le traité de Maastricht, par exemple, insiste sur le fait « d'inscrire les services publics dans le cadre des marchés libres et concurrentiels » (directive 129 B), et fait passer la recherche appliquée au premier plan au détriment de la recherche fondamentale. Les intérêts des étudiants belges, allemands ou français se rejoignent donc directement, d’autant qu’on ne peut lutter contre un traité européen qu’à l’échelle européenne. La lutte contre la « déclaration de Bologne », ainsi que les réformes qui en découlent, doit donc être commune à tous les étudiants européens.

Nous refusons de nous enfermer dans un cadre de pensée national. Notre lutte n'a de sens que sous une forme internationale. C'est la raison pour laquelle nous consacrons tant d'espace dans notre journal aux « Etudiants du Monde ». Nous devons prendre le maximum de contacts à l'étranger, avec les organisations syndicales et les étudiants d'autres pays, et nous battre pour constituer à terme un syndicat étudiant de lutte international.

 

 

LES LIMITES DU SYNDICALISME

 

Le syndicalisme, pour autant qu'il est un élément essentiel de lutte, reste malgré tout limité. Une question revient sans cesse : les problèmes de l'université nous touchent directement, doit-on pour autant délaisser les autres ? Surtout que lorsque l'on y regarde de plus près on se rend compte qu'un problème n'est jamais indépendant des autres. L'université, comme le reste, est intégré dans la société ; les problèmes de fond qui s'y posent sont les mêmes que pour l'ensemble des travailleurs. C'est parfaitement juste. Le militant critique et conscient réfléchira cependant à un certain nombre d'éléments (pour poursuivre la réflexion, lire la Charte de Grenoble, reproduite dans cette brochure, qu’il est bon de lire tant elle est souvent citée de travers).

 

1) En tant que militants syndicaux étudiants nous constituons le dernier rempart de la défense des étudiants. En consacrant trop de notre temps à des combats extérieurs à l'université nous laissons le champs libre à la remise en cause à l'intérieur des droits élémentaires. Cela ne veut pas dire que le militant étudiant doit se cacher les réalités scandaleuses de la société et ne doit pas les combattre. Bien au contraire. En se syndiquant, un militant prend simplement l'engagement de défendre au moins les étudiants, car si lui ne le fait pas… personne ne le fera à sa place. A quoi servirait-il de lutter pour un droit aussi fondamental que le droit pour tous d'accéder au savoir si l'on ne combat pas au jour le jour pour que ce droit soit respecté ?

 

Certains arguments, malgré leur apparence de justesse et de clarté, restent souvent démagogiques et faux. Nous ne sommes pas des utopistes, nous sommes des militants matérialistes conséquents. A ce titre, nous combattons jusqu'au bout dans la voie que nous nous sommes fixée afin de satisfaire les revendications des étudiants, sans nous substituer à eux. Nous bâtissons notre analyse et nos combats sur la réalité et non sur ce que nous voudrions qu’elle soit. La tâche de militant syndical est souvent ingrate. Il est moins avantageux pour l'ego de se battre pour obtenir le maintien des bourses pour un étudiant en difficulté que de combattre pour de grands mots d'ordre tel que le droit pour tous d'accéder au savoir : pourtant, sans le premier, le second reste un mot d'ordre creux.

 

2) En tant que travailleurs intellectuels, notre combat est aussi celui des autres travailleurs. Une attaque contre eux est une attaque dirigée aussi contre nous. La grève de novembre-décembre 1995 en est un exemple frappant. Les travailleurs se sont mis en grève contre le plan Juppé de remise en cause de la Sécurité Sociale, tandis que les étudiants (en grève un mois plus tôt), combattaient pour plus de moyens dans les universités. Le combat des étudiants était bien entendu légitime et important, mais il ne fallait pas hésiter à rejoindre la lutte des autres travailleurs.

 

 

LA RECONSTRUCTION DU SYNDICALISME ETUDIANT EN FRANCE

  

La FSE est une organisation syndicale qui a pour but la reconstruction et l'unification du syndicalisme étudiant. Il ne faut pas cultiver le « patriotisme » qui consisterait à dire : la FSE est la meilleure organisation, tout le reste ne vaut rien. Nous n'avons de sens que si nous sommes utiles, sans quoi nous ne serions qu'une coquille vide et sectaire. Dès l'instant où une voie s'ouvre vers l’unité, plus riche dans les possibilités d'actions pour œuvrer vers les buts que nous nous sommes fixés, il faut la suivre. Peu importe le nom que porte notre syndicat : le but fondamental est l'unification syndicale générale des étudiants dans un cadre démocratique, sans laquelle nous sommes condamnés à rester minoritaires, et sans laquelle les étudiants ne pourront pas obtenir la satisfaction complète de leurs revendications. Les luttes victorieuses des étudiants (Devaquet, CIP…) ne l'ont été que par la prise de conscience et l'implication massive des étudiants. Pour cela, restons perpétuellement ouverts à toutes discussions, honnêtes et modestes dans notre expression, résolus et conséquents dans notre action.

Il nous faut lutter contre la tendance des structures étudiantes à se préoccuper surtout de leur propre existence, et à ne voir les véritables objectifs (revendications, luttes…) que comme des moyens de faire exister le syndicat. Notre but est d’être un outil syndical utile et efficace, qui soit de lutte, indépendant, unitaire et démocratique.

 

 

LE RAPPORT DE FORCE

 

Nous sommes un syndicat de lutte. La lutte, bien avant d’être une action physique, est un état d’esprit. La satisfaction des revendications étudiantes est une nécessité. Dans ce but, nous combattons jusqu’au bout, sans nous soucier de notre « popularité » auprès des gouvernements ou des administrations. Dans nos actions, nous sommes souvent confrontés à la désapprobation. Cela ne doit pas nous inquiéter tant que nous sommes sûrs de la justesse et de l’importance de ce que nous faisons.

 

La lutte active et consciente, sur des mots d’ordre clairs en phase avec la situation réelle, est le seul moyen d’obtenir réellement gain de cause sur des revendications qui reflètent des besoins réels. Cette lutte peut prendre plusieurs formes qui doivent toujours être adaptées au but fixé, à nos interlocuteurs et à leur état d’esprit du moment. Généralement, on résoudra les problèmes par la discussion, par l’utilisation des textes de lois, ou si ça ne suffit pas par une petite démonstration de force (par exemple envoyer plusieurs militants à la fois dans un bureau, éventuellement en expliquant que personne n’en sortira tant que la loi ne sera pas appliquée). Un problème de dérogation se réglera généralement en discutant avec le directeur de département et en lui rappelant simplement le contenu d’une loi. Dans certains cas, il faudra remonter dans la hiérarchie et discuter avec les directeurs d’UFR ou avec la présidence.

 

Lorsque le problème posé est plus général ou qu’il n’est pas possible de le régler de la manière précédente, on pourra augmenter la pression en mettant en place une pétition. Attention : la pétition n’est pas réellement un outil de pression et encore moins une